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Landes : un DEPP d’ampleur pour faire face à l’afflux de touristes

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© GENDARMERIE/SIRPA/M-A.SAILLET

Sixième département le plus touristique de France, les Landes voient passer chaque année leur population de 407 000 habitants à plus de deux millions. Pour faire face à cet afflux massif de vacanciers, tous les étés, le groupement de gendarmerie met en place un Dispositif estival de protection des populations (DEPP), sur lequel plus de 200 gendarmes réservistes, mobiles et départementaux sont engagés.

 

Avec ses immenses plages de sable fin, étendues sur plus de 106 km de littoral quasi ininterrompus, l’océan et ses vagues taillées pour le surf, ainsi que sa forêt de pins, la plus grande d’Europe, le département des Landes ne cesse d’attirer chaque année de plus en plus de touristes. En 2020, la pandémie incitant les Français à se tourner vers un tourisme national et la promotion faite des plages landaises sur les réseaux sociaux ont provoqué une forte hausse des sollicitations de la gendarmerie sur ce secteur.

Pour répondre présent et faire face à un phénomène similaire cet été, alors que beaucoup de médias annonçaient des risques de débordements après une période sanitaire durablement contraignante, le groupement de gendarmerie a vu les choses en grand. Le Dispositif estival de protection des populations (DEPP) a été renforcé et adapté à chaque secteur. Du sur mesure, pour répondre parfaitement aux problématiques identifiées sur chaque zone et pour protéger la population.

Un département à deux facettes

Durant l’été, deux zones se distinguent dans les Landes : la bande du littoral, avec ses plages et les bourgs en bord de mer (soit une surface de 106 km sur 10 km), et le reste du département, avec l’arrière-pays et la forêt de pins, moins couru des touristes mais qui connaît malgré tout quelques festivals culturels, fêtes votives et manifestations taurines.

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Pour assurer une présence sur la zone littorale connaissant une concentration de population (près de 2 millions de touristes), le groupement de gendarmerie a établi une stratégie complète comprenant un renfort de 128 gendarmes mobiles (soit huit pelotons), venant principalement des deux escadrons de Mont-de-Marsan, douze renforts de gendarmes départementaux, dont cinq issus du département limitrophe des Pyrénées-Atlantiques, un vivier de près de 65 réservistes/jour, quatre gardes républicains et deux personnels des forces de police européennes. Un dispositif d’ampleur réparti en fonction des besoins de chaque secteur et qui comporte une montée en puissance progressive au gré de l’afflux touristique.

Une présence constante et renforcée sur le littoral grâce au DSI

Sur les plages de Capbreton, de Seignosse et de Biscarrosse, depuis le début du mois de juillet, les vacanciers voient passer de drôles de patrouilles mixtes, composées d’un gendarme (G.D.) et d’un policier municipal. Ces patrouilles, ce sont celles de la nouvelle brigade des plages, mise en place cette année à titre expérimental dans le cadre du DEPP pour lutter contre les incivilités (vols, consommation d’alcool et agression) et veiller à la préservation des espaces naturels intégrant la plage et le cordon dunaire.

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Complétant le dispositif, des gendarmes mobiles et des réservistes sont employés en DSI (Détachements de Surveillance et d’Intervention). Lors de patrouilles, souvent réalisées en coordination avec la police municipale, ces détachements surveillent les sites fréquentés ou sensibles, veillent au respect des mesures sanitaires et assurent une présence sur ces communes très fréquentées. Sur les douze DSI déployés sur tout le département, cinq sont composés à la fois de gendarmes mobiles et réservistes.

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Concernant les sept autres détachements, deux sont tenus uniquement par des réservistes, assurant les mêmes missions, mais dans des lieux moins fréquentés, et cinq autres sont composés uniquement de gendarmes mobiles (dont trois spécialisés pour faire face aux tueries planifiées). La mission de ces cinq DSI 100 % G.M. est d’assurer la sécurisation des sites extrêmement fréquentés durant la nuit, comme la place des Landais à Hossegor où chaque soir, avec le phénomène Tiktok, des centaines de jeunes se réunissent avec une seule idée en tête : faire la fête.


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Parmi les gendarmes mobiles présents cette saison sur le site, se trouve une policière de la polizei allemande, Kristina. Présente pour trois semaines dans le cadre de la coopération européenne, elle assure la même mission que ses collègues français, avec un petit plus, celui d’assurer le contact et de faciliter les échanges entres les gendarmes et les touristes germanophones, qui sont traditionnellement près de 30 % à venir sur ce secteur. Sur le DEPP, ils sont cette année deux à faire partie de cet échange européen. Le second, c’est Augustin, un garde civil détaché au côté des gendarmes départementaux à Biscarrosse, à quelques kilomètres du littoral.

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Consolider l’empreinte au sol

Le travail conjoint des gendarmes mobiles et des réservistes, en renfort des gendarmes départementaux, permet de garantir une empreinte au sol forte sur cette bande littorale. Dans ces secteurs, les deux compagnies, celle de Dax et celle de Parentis-en-Born, ont un mot clé : tenir le terrain. Pour cela, à cheval, à pied, en vélo ou sur leur embarcation légère, les gendarmes départementaux sont partout.

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Renforcés par quatre gardes républicains sur les deux postes à cheval, et par des réservistes et des gendarmes mobiles sur les postes provisoires, ils surveillent les sites fréquentés, sensibilisent (notamment aux risques d’incendie en forêt) la population et réalisent des contrôles, comme sur les deux lacs de Biscarrosse, où de nombreux plaisanciers profitent des eaux plus calmes pour naviguer.

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Au-delà de ces patrouilles effectuées tous les jours par les gendarmes, au plus proche de la population, l’action des militaires se porte aussi sur les interventions, qui ont explosé cette année, avec une augmentation de 14,10 % fin juillet, contrastant avec une baisse significative des 31 % des dépôts de plainte. Un paradoxe qui s’explique, selon l’adjoint du commandant de groupement de gendarmerie des Landes, le lieutenant-colonel Philippe Lassalle, par la hausse fulgurante des tapages nocturnes. « Nous sommes à plus de 75 % des tapages depuis le début de la saison. Les gens supportent de moins en moins les voisinages, surtout les gens du cru, qui se sentent envahis par les touristes sur les locations saisonnières. Et comme les établissements nocturnes sont presque tous fermés, sauf deux sur la côte, du coup il y a une sorte de déport de la population sur les plages, mais aussi dans les maisons de location. »

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Pour compléter l’action de l’ensemble des militaires engagés sur le DEPP, que ce soit sur des postes provisoires, en DSI, à cheval ou à domicile sur sa brigade, tous peuvent compter sur le soutien d’un hélicoptère du DAG (Détachement aérien de gendarmerie de Mérignac) déployé à Mimizan chaque été, de juillet à août, depuis maintenant 50 ans. Un soutien de taille apporté aussi bien à la brigade des plages qu’aux gendarmes départementaux sur les accidents. Un rouage essentiel de ce DEPP, qui assure chaque année la protection de milliers d’individus.

À noter : ECU 40 célèbre ses 50 ans dimanche 29 août sur l’aérodrome de Mimizan

Chaque année, un hélicoptère de la gendarmerie, appelé aussi "ECU 40", est déployé dans le département des Landes, à l'occasion de la saison estivale. Outre des missions de sécurité publique, ce détachement aérien saisonnier de la gendarmerie, positionné à l'aérodrome de Mimizan, assure également des interventions de secours à personne, en particulier sur le littoral landais.

Dans le cadre de cette mission, une équipe médicale, composée d'un médecin urgentiste du centre hospitalier de Dax et d'un nageur-sauveteur infirmier du syndicat mixte de gestion des baignades landaises, est présent à bord de l'aéronef. Cette collaboration entre les services de l'État et les collectivités locales permet de réduire considérablement les délais d'intervention et ainsi de sauver des vies.

La mise en œuvre de ce dispositif, tel qu’il est aujourd’hui, est le résultat d'un travail collectif qui s'est construit durant un demi-siècle. En effet, la saison estivale 2021 est l'année anniversaire des 50 ans de présence de l'hélicoptère de la gendarmerie dans les Landes.