Immersion

Le Mont-Saint-Michel et sa baie sous la surveillance des gendarmes

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© DICOM / DAVID MENDIBOURE

Avec un site touristique parmi les plus visités de France et des stations balnéaires qui voient leur population multipliée par dix, les militaires de la compagnie de gendarmerie départementale d’Avranches ne manquent pas de travail l’été. Ils peuvent compter sur les renforts de réservistes et d’un poste à cheval, dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP).

On a beau le connaître par cœur, l’avoir déjà vu sous tous les angles, chacune de ses apparitions reste une expérience. Ce matin d’août, il émerge d’une brume de chaleur, cerclé d’une auréole dont la vision a sans doute séduit l’archange Saint Michel, chef de la milice céleste des anges du bien, dont la statue culmine au sommet de l’église abbatiale, à 157 mètres du plancher des vaches normandes.

« Le Couesnon en sa folie a mis le Mont en Normandie », écrivait Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe. Il aurait pu préciser : sur le territoire de la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) d'Avranches, avec ses cinq Communautés de brigades (CoB) et ses 155 militaires. « La plus importante compagnie du groupement de la Manche, avec 30 à 35 % de l’activité, notamment parce que la ville d’Avranches se trouve en zone gendarmerie, contrairement à Cherbourg, Coutances et Saint-Lô, qui sont en zone police », complète le chef d’escadron (CEN) Charles-Guy Regnault, nouveau commandant de la CGD.

Pour cette compagnie, la présence du Mont-Saint-Michel constitue bien sûr un enjeu de sécurité majeur. Depuis les attentats de 2015 à Paris, un poste provisoire est armé toute l’année par des réservistes de la gendarmerie, renforcés pendant les vacances scolaires. Entre quatre et huit réservistes patrouillent ainsi en voiture aux alentours du Mont, et à pied dans les ruelles de l'îlot rocheux. « Le flot de touristes est constant toute l’année, avec une hausse en juillet-août, confirme le commandant de compagnie. L’apport des réservistes est donc essentiel pour permettre aux gendarmes départementaux de poursuivre leurs missions sur le reste du territoire. »

Avec la situation sanitaire, la typologie des 20 000 visiteurs quotidiens, en moyenne, a sensiblement changé depuis l’an dernier. L’heure n’est plus aux touristes asiatiques, qui venaient en car depuis la capitale, pour passer une heure ou deux sur le Mont. La population de 2021 est exclusivement européenne : française, belge, hollandaise ou allemande pour l’essentiel.

 

Vincent et Erwan en patrouille

Ce lundi, ce sont six réservistes qui sont engagés de 8 heures à 22 heures. L’adjudant de réserve Vincent effectue la patrouille pédestre sur le Mont avec le brigadier de réserve Erwan. Ils présentent les deux profils habituels de réservistes : un ancien de l'arme, qui a fait toute sa carrière en gendarmerie et souhaite y garder un pied, et un jeune homme désireux de découvrir le métier de gendarme avant, très probablement, de s’engager. Sur un autre horaire de patrouille, celle-ci aurait probablement été mixte : de nombreuses jeunes femmes souhaitant aussi offrir de leur temps à la gendarmerie nationale.

Parmi leurs missions : contact avec la population et les commerçants, surveillance du site, avec une vigilance apportée aux sacs égarés, et protection contre les éventuelles dégradations, contrôle du port du masque, obligatoire sur le Mont. « Cette relation de confiance avec les gendarmes est très importante pour les commerçants, témoigne Loïc Nicole, patron de l’hôtel-restaurant Du Guesclin. On sait qu’ils sont là, qu’on peut aller les voir en cas de problème. Cette présence est notamment rassurante dans le cadre des contrôles de passes sanitaires, qui peuvent générer des tensions. » Les réservistes peuvent également effectuer des contrôles d’identité et des fouilles des sacs, avec un officier de police judiciaire.

« Il y a assez peu de délits sur le Mont, note Vincent. Le site est très sécurisé, avec une cinquantaine de caméras de vidéoprotection de la Police municipale (P.M.), qui couvrent l’îlot et ses voies d'accès. La principale problématique reste la disparition d’enfants ou de personnes âgées atteintes de pathologies type Alzheimer. » Les gendarmes peuvent alors compter sur l’exploitation des images de la P.M., qui permettent de retrouver une personne recherchée avec sa description, grâce à un outil de reconnaissance, mais aussi de remonter le temps pour identifier le propriétaire d’un colis suspect.

 

Goupil, Duo, Dicton et Figaro

Autres atouts de taille dans ce Dispositif estival de protection des populations (DEPP) : Goupil, Duo, Dicton et Figaro. Ces quatre superbes chevaux de la garde républicaine patrouillent depuis le 18 juillet, montés par deux gardes républicains et deux autres gendarmes, départementaux ou réservistes. « La hauteur de vue peut permettre de repérer une personne recherchée, confirme l’adjudant Guillaume, du régiment de cavalerie de la garde républicaine. Les chevaux permettent aussi de couvrir rapidement un grand secteur de surveillance. Nous intervenons également pour contrôler les nombreux drones, nous patrouillons sur les parkings pour prévenir les vols à la roulotte et vérifier qu’il n’y a pas d’animaux enfermés dans les véhicules et, enfin, nous contribuons à calmer les ardeurs éventuelles lors des évacuations. »

C’est en effet l’une des autres missions importantes des gendarmes : faciliter l’évacuation du site lorsque la fréquentation est trop importante. Le groupe Transdev, délégataire de service public des structures d’accueil et de desserte du Mont, peut décider, en fonction de l’affluence sur les parkings notamment, et en lien avec la police municipale, de fermer l’accès. Les navettes arrivent alors vides et repartent pleines. La présence des gendarmes peut permettre d’apaiser les esprits dans le cadre de cette manœuvre.

Les veilleurs de nuit de Jullouville

Mais le Mont-Saint-Michel, emblématique carte postale du département de la Manche, n’est pas le seul lieu touristique sur le territoire de la compagnie d’Avranches. « Nous avons également des stations balnéaires anciennes, comme Jullouville, très fréquentée l’été et avec de nombreuses résidences secondaires », décrit le CEN Regnault. Jullouville passe ainsi de 2 500 habitants hors saison à 25 000 en été.

Pour faire face à cet afflux de population, un poste provisoire est armé pendant la saison estivale par des réservistes, renforcés par des gendarmes départementaux de la Communauté de brigades de Sartilly-Baie-Bocage. « Le secteur est plutôt calme, dépeint le major Éric, commandant de cette CoB. Mais il y a de nombreux bars, et donc besoin de mettre des gendarmes dehors la nuit. Nous avons huit réservistes et trois actifs qui tournent pendant l’été, avec une présence minimum de sept gendarmes chaque nuit. Le renfort des réservistes est indispensable. »

« Il y a beaucoup de résidences secondaires qui sont occupées par des retraités qui apprécient le calme de cette région et qui veulent qu’elle reste calme, ajoute le commandant de compagnie. C’est parfois difficilement compatible avec les envies de fête des jeunes, et nous sommes vite appelés au moindre tapage. » L’un des bars de Jullouville en a fait les frais, avec 32 jours de fermeture administrative.

Les gendarmes patrouillent aussi de jour, bien sûr, dans la ville, au contact de la population et des commerçants, mais aussi sur les plages, où l’activité de pêche à pied réunit régulièrement de nombreux vacanciers, surtout lors des grandes marées. À la pointe de Champeaux, au nord de la baie, au pied des falaises, ils sont nombreux à revenir de la mer, les seaux remplis de palourdes. Les gendarmes veillent à ce que la taille minimale et la quantité, pas plus de 100 par personne, soient respectées.

Ainsi va la vie dans la baie du Mont-Saint-Michel, entre visites du patrimoine, pêche à pied, et soirées plus ou moins festives. Sous la surveillance et la protection des gendarmes.