Immersion

Les gendarmes de Coutances protègent l’ouest cotentinois

Auteur : Antoine Faure - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© DICOM / DAVID MENDIBOURE

D’Agon-Coutainville, station balnéaire très fréquentée l’été, à Lessay, où se tient dès le début du mois de septembre une foire agricole millénaire, les gendarmes de la Compagnie de gendarmerie départementale de Coutances sont très sollicités pendant la période estivale, et peuvent compter sur le renfort de 16 réservistes. Reportage sur la « côte des havres ».

On l’appelle « la touristique ». La route départementale RD 650 longe la côte ouest du Cotentin, jalonnée de champs de carottes et de poireaux. Les militaires des trois Communautés de brigades (CoB) qui composent la Compagnie de gendarmerie départementale (CGD) de Coutances sillonnent quotidiennement cet axe, du sud au nord, du nord au sud, pour aller au contact de la population du littoral, notamment en été où celle-ci enfle de manière spectaculaire.

« L’afflux de touristes est un élément essentiel à prendre en compte sur notre territoire, confirme le capitaine (CNE) Yoann Rantrua, commandant en second de la CGD de Coutances. Nous avons un réel besoin de renforts pour assurer nos missions de protection des biens et des personnes. Le Détachement de surveillance et d’intervention de réservistes (DSIR) nous permet de mener à bien ces missions. Cet été, quatre réservistes étaient affectés à la CoB de Bréhal, six à celle d’Agon-Coutainville et six à celle de Lessay. Cela soulage vraiment nos camarades d’active, notamment pour les interventions liées aux rassemblements festifs à caractère musical, très nombreux cette année en raison de la fermeture des discothèques. Ce ne sont pas forcément de grosses interventions, mais ça on ne le sait qu’après. Il faut venir en nombre pour faire rapidement cesser les nuisances sonores et dissuader les organisateurs, qui ne mesurent pas toujours l’ampleur du trouble à l’ordre public généré. Parfois, nous devons ainsi montrer la force pour ne pas avoir à s’en servir, d’où l'importance des réservistes. »

Sans les gendarmes, on ne peut rien faire

Au club nautique de Coutainville, les trois élus des communes limitrophes, où patrouillent essentiellement les réservistes pendant la période estivale - Agon-Coutainville, Blainville-sur-Mer et Gouville-sur-Mer -, sont réunis pour faire un point avec les gendarmes de la CoB d’Agon-Coutainville, et le garde champêtre de la commune, sur le déroulement de cette saison estivale et les enjeux de sécurité à moyen terme.

Au club nautique de Coutainville, les élus échangent avec les gendarmes, les sapeurs pompiers, la SNSM et le garde champêtre d'Agon sur le déroulement de cette saison estivale.

Au club nautique de Coutainville, les élus échangent avec les gendarmes, les sapeurs pompiers, la SNSM et le garde champêtre d'Agon sur le déroulement de cette saison estivale.

© DICOM / DAVID MENDIBOURE

« Notre population passe de 3000 habitants à plus de 20 000 en été, souligne Christian Dutertre, maire d’Agon-Coutainville depuis 2014. La société ne va pas très bien en ce moment, et cela se répercute dans nos villages, avec de plus en plus d’incivilités constatées : des dégradations, des tapages, des rixes... La gendarmerie est indispensable, c’est une évidence. Sans eux, on ne peut rien faire. Les gendarmes sont déjà très présents sur le terrain, mais la population en voudrait encore davantage. C’est rassurant pour eux. Nous envisageons désormais de développer un système de vidéoprotection, qui serait utile pour la gendarmerie, et aurait sans doute un effet dissuasif. »

Pour Louis Teyssier, maire de Blainville-sur-Mer depuis 2020, « les liens avec les gendarmes sont essentiels pour les petites communes. On les appelle parfois pour des choses qui peuvent paraître un peu banales, mais qui sont très importantes pour nous. La crise sanitaire joue un rôle déterminant dans le climat actuel. Les jeunes ont plus que jamais besoin de liberté, d’une forme d’exutoire, et ça peut passer parfois par une envie de transgresser les règles. »

En remontant la RD 650, nous arrivons à Lessay, ville connue notamment pour sa foire millénaire, qui se déroule le deuxième week-end de septembre et avait été annulée l’an dernier. « Dès la fin de la période estivale, nous enchaînons sur la préparation de cet événement qui attire généralement près de 250 000 personnes sur trois jours, décrit le CNE Rantrua. C’est un rendez vous majeur à l’échelle régionale, et le commandant de compagnie assure ce week-end là le commandement opérationnel de plus d’une centaine de gendarmes sur le terrain. Deux semaines avant la foire, 300 caravanes de gens du voyage s’installent sur un terrain dédié de la commune. Cette arrivée provoque un sentiment d’insécurité, qui ne repose pas forcément sur des éléments concrets, mais s’avère source de nombreux signalements, pour lesquels nous devons faire preuve de vigilance et de réactivité. Nous n’avons malheureusement pas de réservistes cette année pour la foire, et nous sollicitons donc un peu plus les autres CoB de la compagnie, ainsi que les autres compagnies du Groupement de la Manche. »

Du château de Pirou au havre de Saint-Germain-Sur-Ay

Pour l’heure, l’adjudant-chef (ADC) Alain et le brigadier Pierre, de la Brigade de proximité (BP) de Périers, patrouillent aux alentours de Lessay. Après un passage au marché de La Haye au contact des commerçants et de la population, les deux gendarmes se dirigent vers le château de Pirou. Cette forteresse bâtie au XIIe siècle, sur un îlot artificiel entouré de trois douves, est l’un des plus anciens châteaux forts normands, et l’un des des mieux conservés grâce à un remarquable travail de restauration. Le site est accessible sur présentation d’un passe sanitaire. Les militaires contrôlent l’identité des visiteurs, afin de s’assurer que le passe est bel et bien le leur.

Alain et Pierre poursuivent leur route vers le havre de Saint-Germain-Sur-Ay, un site d’une beauté sauvage, typique de cette côte ouest du Cotentin. Ils échangent avec les randonneurs autour de l’ancien corps de garde, aujourd’hui transformé en chapelle, qui permettait autrefois de surveiller le trafic maritime entre la côte et les îles Anglo-normandes. À marée basse, le havre s’étend à perte de vue entre prés-salés et bancs de sable. À marée haute, le corps de garde se trouve encerclé par la mer. « Quand nous avons eu un début de journée difficile, avec une découverte de corps par exemple, nous aimons patrouiller ici, reconnaît Pierre devant le panorama. Ça nous permet de nous vider l’esprit avant de repartir. C’est un des avantages du métier de gendarme. »