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Lutte contre la délinquance liée aux flux : l’EDSR du Cher se réinvente

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
Temps de lecture: ≃8 min.
© GAV M-A. SAILLET
Depuis janvier 2020, l’escadron départemental de sécurité routière du Cher met en application un tout nouveau dispositif : le Contrat opérationnel pour la sécurité des mobilités (COSM). Cette nouvelle ligne de conduite, inédite en France, inscrit le travail d’un EDSR, non plus simplement dans une optique de sécurité routière, mais dans une vision plus globale intégrant l’ensemble des mobilités. Un plan d’action particulièrement complet, allant de la prévention au renforcement de la proximité, en passant par l’investigation. Découverte d’un contrat opérationnel aux résultats déjà prometteurs.

Remettre l’ensemble des problématiques liées aux mobilités au cœur même du travail d’un EDSR (Escadron Départemental de Sécurité Routière) : c’est l’idée portée par le commandant du groupement de gendarmerie départementale du Cher, le colonel François Haouchine, et son commandant d’EDSR, le capitaine Sébastien Brunet, lorsqu’ils se lancent, en août 2019, dans la création du COSM, le Contrat Opérationnel pour la Sécurité des Mobilités. « J’ai demandé au commandant de l’EDSR, dès son arrivée, de réfléchir à la façon dont on pouvait proposer un contrat opérationnel pour la sécurité des mobilités, qui est, in fine, la déclinaison des contrats opérationnels des sécurités du territoire (COST) engagés par chaque compagnie, le tout formant la stratégie territoriale de sécurité du groupement », indique le colonel.

Après plusieurs semaines de travail, un premier plan est dressé autour d’une idée centrale : lutter contre la délinquance liée aux flux, non plus en traitant principalement la délinquance routière, mais en intégrant ce volet dans une stratégie plus globale, prenant en compte l’ensemble des facteurs de sécurité liés aux mobilités. En somme, aller au-delà des contrôles routiers et développer, réinventer et redynamiser le métier de gendarme d'EDSR à travers quatre principes : le contact, la prévention, l’investigation et l’intervention. Pour cela, c’est un tout nouveau plan de bataille qui a été amorcé.

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Agir sur l’ensemble des mobilités

Pour agir sur l’ensemble des mobilités, aussi bien sur les flux routiers (autoroutes, chemins de terre, transports en commun,…) que sur les réseaux ferrés, le groupement a ainsi développé, dans le cadre du COSM, un plan d’action complet couvrant l’ensemble du département, avec des moyens s’adaptant aux spécificités de chaque secteur, comme l’explique le colonel Haouchine : « Dans le grand sud du département, il nous faut des motos tout-chemin, adaptées au secteur de l’élevage. Dans le nord-ouest du département, la Sologne, il faut des véhicules adaptés aux forêts boisées, avec les motos tout-terrain de gendarmerie classique. Mais pour d’autres lieux, il faut aussi quelque chose qui soit acceptable par la population et par les élus : ce sont les motos douces, électriques. Des collectivités territoriales du nord-est du département nous ont permis d’en acquérir trois. »

Au total, en plus des deux motos tout-chemin et des deux motos tout-terrain gendarmerie, trois motos électriques financées par des partenaires viennent donc d’être déployées. Ces dernières, dont l’utilisation est inédite en gendarmerie, vont permettre d’intervenir au plus vite sur des terrains interdits ou non praticables pour des engins thermiques. Un avantage conséquent pour les gendarmes, mais aussi pour les élus, comme ce maire d’une commune à l’est du département, séduit par ce nouveau dispositif : « Je vois un très grand intérêt à ce contrat des mobilités. Juste à côté, nous avons le canal de Berry, où se trouve une piste cyclable. Aujourd’hui, je sais que s’il y a un souci, je peux appeler le major de la brigade en lui demandant de faire intervenir les motards pour une action rapide et sûre. Et ça, c’est un plus. […] Et je peux vous assurer qu’entre Vierzon et Bourges, les motards ont de l’occupation. »

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Du côté des transports en commun et des voies ferrées, là aussi des dispositions ont été prévues par le COSM pour renforcer la présence de la gendarmerie au profit des transports de voyageurs, avec la création d’un pôle d’appui aux mobilités, lancé en octobre 2020. Composées d’un trinôme de réservistes, les patrouilles de ce pôle d'appui, également appelé PAM 18, ont pour mission la sécurisation des transports en commun, sous la direction de la Compagnie d’intervention de réserve territoriale du GGD 18 (CIRT 18). Une action conjointe entre les brigades et l’EDSR, point fort de ce nouveau contrat pour la sécurité des mobilités.

La mise en place progressive de l’ensemble de ces moyens, notamment au cours du second semestre 2020, a permis aux gendarmes de l’EDSR du Cher de se réapproprier des secteurs difficiles d’accès avec les moyens conventionnels, d’enrichir leur base de renseignements (qui a doublé en un an) et de développer le contact auprès de la population, et plus particulièrement auprès du monde agricole, via le renforcement du plan Déméter.

De la prévention à l’action

Si le COSM a vocation à renforcer le contact avec la population, il a aussi pour objectif de renforcer la prévention. Pour cela, de nombreux partenariats ont été montés entre l’EDSR, des entreprises et des associations de sécurité routière, afin de sensibiliser le plus de personnes possible (milieu scolaire, entreprises, transports et services, seniors et deux-roues de tous âges), aux problématiques routières.

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Parmi les organismes œuvrant pour la prévention avec la gendarmerie, se trouvent plusieurs associations, dont l’une, Pilotage moto 18, a été créée en 2014 par un des gendarmes de l’EDSR, l'adjudant-chef Michaël. Chaque samedi, de mars à juin, il organise, avec d’autres camarades, des journées motos, lors desquelles des passionnés viennent chercher des conseils de conduite auprès des motocyclistes de la gendarmerie. De la sensibilisation à la vitesse, en passant par la trajectoire de sécurité ou encore les risques liés aux intempéries, toutes les questions que les utilisateurs de motos se posent sont abordées. Et comme rien ne vaut la pratique, c’est ensuite en petit groupe, sur les routes du Cher, que cette journée de prévention se poursuit. Des moments d’échanges et de convivialité entre la population et les militaires, qui sont ouverts à tous. Pour les plus jeunes, d’autres actions de sensibilisation sont conduites au sein des écoles, des lycées et des autos-motos écoles (tutorat des permis moto A2), orchestrées, pour la partie scolaire, par l’association ProGem 18, créée en 2020 et également dirigée par un des gendarmes de l’EDSR, l’adjudant Adrien.

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Et quand la prévention ne fonctionne pas, les gendarmes n'hésitent pas à passer à l’action. Reliant l’Espagne à la région parisienne, les autoroutes A71 et A20 sont deux axes autoroutiers parmi les plus empruntés de France. Excès de vitesse conséquents, trafics en tous genres, détention ou consommation de stupéfiants ou encore faux documents, les délits et les infractions y sont nombreux.

Pour y faire face, plusieurs fois par mois, conjointement avec la douane et des services de l’État, comme la DREAL, l’OFB ou la DDETSPP, les gendarmes de l'EDSR réalisent des contrôles spécifiques. À l’occasion de soirées, où le trafic est peu dense, ces contrôles de flux peuvent même prendre une ampleur particulièrement importante, avec le détournement complet d’une partie de l’autoroute A71 sur une aire de repos, pour des vérifications approfondies de l’ensemble des véhicules. Et lorsqu’ils trouvent quelque chose d'illégal, les gendarmes de l’EDSR peuvent maintenant s’appuyer sur une toute nouvelle cellule unique en France : l’EIFR-M.

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Création d’une cellule d’investigation

Pour agir sur l’ensemble de la délinquance liée aux mobilités et non plus simplement sur la sécurité routière, il fallait de la prévention, de l’action, du contact, mais aussi de l’investigation. Pour cela, une cellule d’enquête sur-mesure, adaptée à ce type de délinquance, a été créée : l’EIFR-M (Équipe d’Investigations des Flux Routiers-Mobilités). Derrière ce sigle, qui vient allonger la longue liste des acronymes de la gendarmerie, se trouve une équipe de quatre motocyclistes passionnés par l’investigation, devenus enquêteurs à plein-temps. Leur travail : soutenir et accompagner les gendarmes de l'EDSR dans les enquêtes complexes liées aux mobilités. Leur expertise est par exemple sollicitée lors des contrôles routiers où un document peut sembler être un faux ou lorsqu’une consommation de stupéfiants a été constatée. Dans ces cas, ils vont aller au-delà des constatations et approfondir les recherches pour voir si derrière ces faits, ne se trouvent pas des infractions ou des délits plus conséquents. Une persévérance et une pugnacité qui ont donné d'excellents résultats. Depuis la création de l'EIFR-M en septembre 2020, ses quatre enquêteurs ont ainsi découvert trois kilos d’héroïne, neuf kilos de résine de cannabis et 556 pieds de cannabis. Ils ont aussi permis de mettre fin aux agissements d’une famille appartenant au gang des bitumeurs irlandais, des délinquants itinérants spécialisés dans l’arnaque au bitume sévissant sur l’ensemble du territoire français.

En moins d’un an, grâce à ces résultats conséquents, les quatre enquêteurs de l’escadron départemental de sécurité routière ont réussi à se faire une place et un nom au sein des unités de recherches, travaillant régulièrement sur des opérations conjointes avec les brigades de recherches ou les sections de recherches. Une belle réussite, qui, à l’image globale du COSM, a vocation à poursuivre son développement, pour inscrire définitivement l’EDSR au cœur de son territoire, au plus proche de sa population.

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