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Opération Mousquetaire : pourquoi la gendarmerie s'occupe-t-elle de la sécurité des forces américaines ?

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© MI/DICOM/D.MENDIBOURE

Depuis le début de l'opération Mousquetaire, une partie des effectifs et du matériel d'une brigade d'aérocombat transite par la France vers ses bases en Europe de l'Est. À l'intérieur des frontières hexagonales, c'est à la gendarmerie qu'est revenu le rôle de protéger les forces US. Décryptage :

L'opération Mousquetaire, deuxième du nom, s'est déroulée entre la fin du mois de février et celle du mois de mars. Pendant une trentaine de jours environ, une partie des forces de la 1st Combat Aviation Brigade issue de la 1re division d'infanterie américaine a transité entre le port de Dunkerque et l'aéroport de Calais, pour ensuite se diriger vers ses bases Allemandes.  

L'arrivée du contingent américain au port de Dunkerque, le 6 mars dernier, par l'intermédiaire du navire ARC Endurance, un roulier de 50 000 tonnes chargé de 350 soldats, ainsi que leurs matériels, 55 hélicoptères, 610 véhicules et 312 conteneurs, a nécessité une protection renforcée autour du dispositif US. Une tâche allouée à la gendarmerie.

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Pourtant, une grande partie des infrastructures occupées par les troupes américaines sont situées en zone police, à l'instar du port de Dunkerque et l'aéroport de Calais. Donc, selon le schéma géographique d'organisation des forces de sécurité intérieure, les policiers auraient dû être en charge de la protection de la 1st Combat Aviation Brigade. Alors pourquoi est-il revenu à la gendarmerie de jouer le rôle d'ange gardien ? Pour le colonel Antoine Bréart de Boisanger, de la DOE (Direction des opérations et de l’emploi), il y a plusieurs explications.

Le statut militaire

La première d'entre elles est culturelle ; dans le système anglo-saxon, la mission de protection des emprises militaires incombe, la plupart du temps, à la police militaire (MP en anglais). Mais à contrario, « les pays latins ne disposent pas à proprement parler de MP (N.D.L.R : à l’exception du Portugal) », détaille l'officier. « C’est donc tout naturellement, du fait de son statut militaire, que la gendarmerie a joué ce rôle sur Mousquetaire 1 et 2. »

« La gendarmerie et l’US Army parlent le même langage. »

Si les missions militaires ne représentent que 5 % de l'activité de la gendarmerie, l'Institution dispose néanmoins d'une expérience indéniable sur les théâtres d'opérations extérieures ; Mali, Irak, Afghanistan, Centrafrique, etc... Un savoir-faire couplé aux coopérations multi et bilatérales. « La gendarmerie et l’US Army parlent le même langage », renchérit le colonel Antoine Bréart de Boisanger. » À titre d'exemple, « la planification de l'escorte du convoi sensible s'est faite selon les standards OTAN. C’était donc une satisfaction pour eux. »

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Mais le statut ainsi que l'expérience militaire ne sont pas les seules raisons pour lesquelles la gendarmerie s’est imposée comme une évidence pour cette mission. Car aux yeux des Américains, la protection de leurs troupes passait aussi et avant tout par des professionnels, maîtrisant l'art de la sécurité des infrastructures ainsi que de la protection du trafic et de l'approvisionnement.  

La gendarmerie, l'arme de la sécurité des mobilités

« Ils voulaient des militaires qui maîtrisent le concept de sécurité des mobilités », résume l'officier de la DOE. Mais, abrégé ainsi, les soldats de l'armée de Terre auraient été tout désignés pour remplir ce rôle. « Sauf qu'ils ne disposent pas de pouvoirs de police », fait remarquer le colonel Guillaume Le Blond, chargé de mission à la Sous-direction de la sécurité publique et de la sécurité routière (SDSPSR). Et puis dans le domaine de la sécurité des mobilités, « la gendarmerie a une histoire. »

« La gendarmerie s'est toujours positionnée aux carrefours des grands chemins. »

La Maréchaussée, ancêtre direct de la gendarmerie, était chargée, durant la guerre de 100 ans, « de sécuriser les voies d'approvisionnement attaquées par des bandes pillards (N.D.L.R : les Grandes compagnies) », raconte l'officier chargé de mission. « La profondeur du domaine royal faisait que la Maréchaussée avait déjà l'habitude de travailler sur des élongations importantes. » L'usage a perduré jusqu'en 1720 (et bien après) avec l'implantation des brigades. De part son histoire, « la gendarmerie s'est toujours positionnée aux carrefours des grands chemins », affirme l'officier chargé de mission.

« Traditionnellement, nous avons l'habitude de travailler dans la profondeur », résume le colonel Le Blond. Et aujourd'hui, la donne est toujours la même : « La gendarmerie est compétente sur 95 % du territoire, donc l'élongation, c'est notre domaine. » Et sur le terrain, « l'opération Mousquetaire est la parfaite illustration d'une mission de sécurité des mobilités », grâce à la combinaison sur plusieurs départements de moyens aériens, terrestres et maritimes de la gendarmerie et de leur intégration sous un commandement unique.

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Durant le mois qu'a duré « Mousquetaire II », la gendarmerie a démontré sa capacité à intervenir dans tous les milieux, grâce son commandement intégré. L'opération, se déroulant sur deux départements, a mobilisé pendant un mois environ 500 militaires, issus de différentes subdivisons ; sur terre avec la gendarmerie départementale ou les mobiles, sur mer avec la GMAR (gendarmerie maritime) et enfin, dans la troisième dimension avec un aéronef des FAG (Forces aérienne de la gendarmerie) et des moyens de lutte anti-drone, par l'intermédiaire de la GTA (Gendarmerie des transports aériens).

Le statut militaire, le concept de sécurité des mobilités et l'organisation intégrée font que la gendarmerie est l’institution la plus à même d'effectuer des opérations comme Mousquetaire.« Mousquetaire, on sait faire », scande laconiquement, le colonel Le Blond.

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