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Plaisance, sports nautiques, pêche : les gendarmes veillent sur le littoral charentais

Auteur : le commandant Céline Morin - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
© GND F. Garcia

Sur le littoral de Charente-Maritime, les loisirs de plaisance et les sports nautiques attirent de très nombreux pratiquants, dont certains affichent une certaine méconnaissance du milieu, mais aussi un grand nombre de professionnels, pas toujours en règle. Le secteur est également réputé pour ses zones de culture ostréicole et mytilicole, ainsi que pour la pêche, pratiquée en mer ou à pied, par les professionnels comme les amateurs. En mer comme à terre, les gendarmes de la communauté de brigades nautiques de La Rochelle veillent à la bonne cohabitation de chacun et au respect des différentes réglementations, pour la sécurité de tous mais aussi pour la protection de l’environnement.

Dès les beaux jours, la navigation de plaisance et les loisirs nautiques reprennent avec vigueur sur le littoral de Charente-Maritime, s’ajoutant à une activité de pêche pratiquée à l’année, en mer comme à pied, par de nombreux professionnels et amateurs. Les cultures ostréicoles et mytilicoles font également partie intégrante du paysage. Pour veiller à la bonne cohabitation des uns et des autres et au respect des diverses réglementations en vigueur, les neuf militaires des brigades nautiques de La Rochelle et de la Tremblade se mobilisent au quotidien. Tous sont pilotes de bateau et tous, exceptés les deux gendarmes adjoints volontaires, sont plongeurs Techniciens en investigations subaquatiques (TIS). Entre les îles d'Aix, de Ré et d'Oléron et le littoral de Charente-Maritime, leur zone d'action s'étend sur près de 470 km de côte. Plus au large, ils sont relayés par la gendarmerie maritime, dont les brigades de surveillance du littoral s'occupent plus particulièrement de la police des pêches et de la police de la navigation.

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En cette journée de mi-août, le soleil est de retour sur le littoral de Charente-Maritime et le vent qui agitait l’océan Atlantique est tombé. Tous les feux sont au vert pour une journée d’affluence sur l’eau. Il faut dire que La Rochelle est le premier port de plaisance de la façade Atlantique, d’Europe et même du monde, avec trois sites offrant près de 5 500 places.

Comme à l'accoutumée, la brigade nautique est très tôt sur le pont. La vigilance des deux gendarmes en patrouille ce matin-là débute dès la sortie du port des Minimes, où leur semi-rigide est amarré. Car dans ce chenal, qui peut sembler un peu long, certains veulent parfois gagner le large un peu trop rapidement.

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Contrôles en mer…

De nombreux jet-skis sont de sortie, rivalisant de vitesse, sous l’œil scrutateur des militaires. « La cohabitation est parfois compliquée. Nous faisons particulièrement attention à la vitesse sur le littoral et à l’encadrement des randonnées, car il doit y avoir un moniteur pour quatre jet-skis. Les engins doivent également être bridés quand il s’agit d’une location sans permis bateau », explique le gendarme Pierre. Au large du fort Boyard, un petit groupe fait une pause ; les gendarmes en profitent pour effectuer un contrôle des documents et du matériel de sécurité. Tout est en règle !

Se calant sur le rythme des marées, de nombreux pêcheurs sont déjà postés au large des îles, attendant que le poisson morde. D’embarcation en embarcation, la patrouille nautique procède à la vérification des papiers, des équipements de sécurité (nombre de gilets de sauvetage adéquat, présence d’un extincteur et sa date de péremption…) et au rappel de certaines réglementations, comme l’obligation de déclarer la prise de thon rouge à la débarque. « Vous voyez, ça vaut le coup de se faire contrôler, plaisante le gendarme, quand un des pêcheurs finit par trouver son extincteur après plusieurs minutes de recherche dans la cabine. Comme ça, vous saurez où il se trouve en cas de besoin. » Entre les pêcheurs amateurs et les gendarmes, le dialogue ne noue facilement. Il en est de même avec les plaisanciers, « même si certains sont un peu surpris de se faire contrôler sur l’eau. Mais contrairement aux contrôles routiers, en mer, les gens sont plus cools et très respectueux. Dans 99 % des cas, ils sont en possession tout le matériel de sécurité. »

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C'est un point sur lequel les gendarmes insistent dans leur discours de sensibilisation, en tout début de saison, quand les gens reprennent leur bateau, et sur lequel ils sont intransigeants. Leur objectif : essayer de se prémunir contre les accidents. « Pour certaines choses, il faut savoir faire preuve de discernement et d'un peu d'indulgence, par exemple sur la vitesse dans la bande des 300 m et dans le chenal, particulièrement en début de saison, ou si les contrevenants ne sont pas du coin, mais jamais sur les points essentiels comme l'équipement de sécurité », confie l'adjudant Vincent.

Car les accidents surviennent régulièrement en mer, à l'instar de ce voilier qui a coulé au large de l'île d'Aix le 16 août dernier, avec sept personnes à son bord. Heureusement tous les enfants étaient porteurs d'un gilet de sauvetage. Tandis qu'un bateau à passagers en hissait deux à son bord, le semi-rigide de la brigade nautique, qui patrouillait dans la zone, en récupérait cinq, déjà gagnés par l'hypothermie.

Les militaires soulignent aussi le problème des bateaux sans permis et l'explosion d'activités nautiques telles que le paddle, qui conduisent des gens à s'aventurer en mer sans connaissance du milieu. « C'est la même chose qu'en montagne. Ici aussi les éléments peuvent rapidement changer… », note le gendarme Pierre.

Aux activités de loisirs saisonnières s'ajoutent les cultures ostréicoles et mytilicoles, nécessitant une surveillance à l'année, au regard des vols, mais surtout du recours au travail illégal, une infraction qui peut aussi concerner les bateaux de pêche professionnels. « Nous laissons le plus souvent le volet police des pêches à la gendarmerie maritime. Pour autant, si l'on surprend un chalut pêcher au mauvais endroit on intervient, le plus souvent a posteriori, car il est difficile d'intercepter un bateau qui chalute », précise le gendarme Pierre.

« Nous avons aussi sur notre secteur une problématique de braconnage de civelles, qui se revendent 300 à 500 euros le kg, reprend l'adjudant Vincent. D'octobre à mars, nous contrôlons très régulièrement les professionnels, qui ont une obligation de déclaration à la débarque. Il y a deux ans, avec l'OCLAESP, la BNC a ainsi pu contribuer à l'interpellation de braconniers, avec la saisie des comptes, d'une maison et d'un bateau. »

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Et à terre

La mission des gendarmes nautiques se prolonge tout au long de l'année à terre, avec le contrôle des bases de loisirs, des bases de jet-ski, des différents professionnels en lien avec les activités nautiques, mais aussi des quotas et des déclarations des marins-pêcheurs à la débarque et enfin des poissonneries.

L'été, en lien avec les brigades territoriales, des opérations de contrôle de pêche à pied sont également organisées sur le littoral, afin de vérifier le respect des quotas spécifiques alloués aux professionnels et aux particuliers.

Un panel de missions qui nécessite une connaissance pointue des différentes législations !

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Enquêtes sous l’eau !

Parallèlement, les militaires des deux brigades nautiques du GGD 17 ont une importante activité d'appui judiciaire aux unités territoriales et de recherches liée à leur technicité d'investigations subaquatiques. Une mission primordiale pour laquelle ils sont compétents sur la zone de défense de Nouvelle Aquitaine avec l'unité sœur d'Arcachon.

Les sept TIS effectuent en moyenne 150 plongées par an, dont 60 % en intervention dans le cadre de recherches de personne ou de bien et de constatations subaquatiques (recherches d'indices dans le cadre d'enquête judiciaire), le reste étant dédié aux entraînements.

« À l'instar de ce qui est fait sur terre, nous sommes en mesure d'effectuer toute constatation nécessaire aux enquêtes, des prises de photos et de vidéos aux divers prélèvements, et ce dans tous les types de milieu, y compris dans des puits, ou dans les eaux viciées de stations d'épuration, comme nous avons été amenés à le faire en juillet dernier. Les unités ne doivent pas hésiter à nous solliciter, insiste l'adjudant Vincent. C'est une activité à l'année, qu'il faut inclure dans le planning estival. »

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