Immersion

Un soutien logistique à toute épreuve pour accompagner les projections sur le terrain

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Montage d'une tente pour héberger en urgence des gendarmes mobiles en renfort en Nouvelle Calédonie.
© SSPO

Travaillant le plus souvent dans l’ombre des forces déployées en temps de crise, le Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO) n’en reste pas moins un maillon essentiel lorsqu’il s’agit d’apporter, sous le signe de l’urgence, des moyens sur le terrain. Entre deux avions, rendez-vous avec la lieutenante Flore K., qui revient en détail sur ses missions.

Tenues, véhicules, armes, munitions, les 26 personnels affectés au Service de soutien à la projection opérationnelle (SSPO) sont capables de déplacer des montagnes pour faciliter le travail de leurs camarades projetés sur le terrain. Basée à Rosny-sous-Bois, l’unité dispose de nombreux moyens et savoir-faire, permettant à chaque fois de répondre aux besoins propres à la mission, qu’elle se passe en métropole, en outre-mer, voire même à l’étranger. Si l'opération se déroule sans accroc, donnant une illusion de « facilité », à la manière d'un tour de magie, c'est notamment grâce à la mécanique insoupçonnée enclenchée bien en amont, en coulisse, par le SSPO !

Fournir la panoplie complète

En tant que bras « armé » du Centre national des opérations (CNO), au profit de la division de l’appui opérationnel de la région de gendarmerie des Pays-de-la-Loire, le SSPO a participé dernièrement à l’action de soutien aux engagements opérationnels, en intégrant le poste de commandement opératif à Nantes, à l’occasion de l’évacuation de la zone illégalement occupée du Carnet (44). Ce dispositif a ainsi permis que l’opération se réalise dans les meilleures conditions pour les militaires déployés sur le terrain.

Le détachement SSPO, commandé par la lieutenante Flore, est parti en convoi quelques jours plus tôt, direction Nantes. Voyageant à bord de deux poids lourds, les six personnels ont acheminé toute une chaîne d'habillement jusqu'au gymnase de la caserne Richemont. « Sous les ordres de l'officier J4 du CNO, et en lien avec le service logistique de la région de gendarmerie, nous avons pu équiper la veille une cinquantaine de personnels. » Autorités, enquêteurs, équipes cynophiles, cellule renseignement, centre de soutien automobile… Tous ont pu percevoir les tenues et les matériels adaptés à leur taille, prêts à être embarqués dans des sacs. Mais si le SSPO part toujours avec un éventail de tailles, il s'est avéré cette fois-ci que bon nombre de militaires avaient la même carrure et certains éléments de tenue sont venus à manquer. Pas une minute d'hésitation pour le détachement, qui a aussitôt appelé la base arrière de Rosny, afin qu'un camion le rejoigne dans la foulée pour un recomplètement.

© Sirpa Gend - GND F. Garcia

Bien qu’ayant prévu un groupe électrogène et du matériel de remplacement prêt à partir sur le terrain le jour J, le reste de l'opération s'est déroulé sans encombre et les logisticiens ont pu enchaîner directement avec les réintégrations. « Nous avons également profité de la présence de nombreux escadrons de gendarmerie mobile pour remplacer leurs matériels cassés, afin qu'ils puissent rester opérationnels et repartir directement en mission. Cette remise en condition immédiate in situ permet ainsi de préserver la capacité opérationnelle des unités engagées. »

Si c'est une fin de mission pour les gendarmes mobiles, ce n'est pas le cas pour le SSPO, qui doit encore recharger les camions et rentrer à Rosny, avant de faire le tri parmi les matériels réintégrés. « Les tenues partent au pressing chez un prestataire extérieur, certains matériels sont réparés par notre armurerie et ce qui n'est pas récupérable part à la destruction. »

Logisticiens sans frontières

Certaines opérations nécessitent un temps de préparation beaucoup plus long pour le SSPO. C'est le cas notamment des missions extérieures sur des théâtres de guerre, comme le prochain départ qui s'annonce pour l'unité : le Mali. « Avant toute chose, il y a un premier envoi de personnels pour évaluer les besoins. » En effet, le transport de matériels sensibles à l'international ne s'improvise pas et nécessite des compétences bien spécifiques en matière de logistique. « Les marchandises dangereuses supposent des déclarations administratives, une idée précise des volumes envoyés, mais aussi un cerclage des caisses pour sécuriser le transport. Il faut également connaître les procédures douanières en la matière : la « procédure simplifiée défense » facilite l'acheminement de marchandises des forces armées françaises pour ses forces déplacées à l'étranger et évite ainsi d'avoir à prouver, pour chaque matériel, son achat et le paiement de la TVA. » Des technicités rares en gendarmerie (détenues au sein du SSPO, du centre national de soutien logistique et du GIGN), qui permettent de venir en appui aux unités régulièrement déployées (en ambassade, en mission internationale, en prévôté, en OPEX, etc.), tout en évitant de créer un incident diplomatique.

© SSPO

Ayant prévu une dizaine d'expéditions, le SSPO va ainsi leur faire parvenir tout ce dont elles ont besoin (habillement, armurerie, munitions, véhicules, groupes électrogènes, etc.), voire plus, puisque dans le cas du Mali, le service a même acheté certains matériels directement destinés à l'unité. A contrario, il arrive que le SSPO ne fournisse aucun matériel, mais fasse plutôt office de « coordinateur de soutien ». C'est le cas, par exemple, des missions comme le G7, où « l'idée est davantage de maintenir en condition opérationnelle les matériels appartenant aux unités présentes, avec l'acheminement, par conteneurs, d'ateliers de réparation de véhicules, d'une armurerie, etc. ».

Si, comme Mary Poppins, le SSPO a plus d'un tour dans son sac, il est de plus en plus sollicité et va donc être amené à évoluer. Sa structure devrait être renforcée pour devenir encore plus autonome et intégrée, afin de couvrir un spectre missionnel plus étendu au sein du soutien opérationnel et de la gestion de crise en gendarmerie.

La logistique en temps de crise