Immersion

ViGie en sentinelle dans le Maine-et-Loire

Auteur : Antoine Faure - publié le
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© GEND/SIRPA/MARIE-AMELIE SAILLET

 Initiée par le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de Maine-et-Loire (49), l’application pour smartphone ViGie permet de diffuser des messages de prévention et des alertes géolocalisées sur des actes de délinquance, au profit des professionnels, des élus et des référents de la participation citoyenne. Reportage.

Le comité d’accueil est sonore. Le chant du coq, le gloussement des poules, le meuglement des vaches et l’aboiement des chiens se mêlent plus ou moins harmonieusement. L’homme au centre de ce concert est un agriculteur 3.0. L’oreillette bien accrochée, le smartphone à la main. Loin de l’image d’Épinal, et pour cause, nous sommes près d’Angers, sur le territoire du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de Maine-et-Loire.

Emmanuel Lachaize est agriculteur et président, depuis l’an dernier, de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA 49). En 2016, face à une recrudescence des actes de délinquance commis dans les exploitations, il faisait partie d’une délégation venue à la rencontre des gendarmes du GGD pour trouver des solutions. « Les agriculteurs sont habitués depuis trop longtemps à subir des vols en tout genre, de câbles, de carburant, ou des dégradations, regrette-t-il. Ils font comme si cela faisait partie de la vie d’une exploitation. Mais ce n’est pas normal et ça ne doit pas l’être ! Nous avons cherché avec les gendarmes quels moyens pouvaient être mis en œuvre, afin de mieux lutter contre cette délinquance. »

© GEND/SIRPA/MARIE-AMELIE SAILLET

Un outil intuitif et évolutif

L’idée est avancée de créer une application spécifique, baptisée ViGie, pour diffuser des alertes par messages Push. « Nous nous sommes inspirés du système d’alertes SMS, qui était coûteux et peu pratique, explique le lieutenant-colonel (LCL) Jean-François, adjoint au commandant du GGD de Maine-et-Loire. Un aspirant polytechnicien a développé une solution disponible sous Android et IOS, que nous avons pérennisée et fait évoluer en sollicitant Clément, l’un de nos 230 réservistes, ingénieur informaticien et consultant en cybersécurité. »

Ce dernier a repris tout le projet afin de proposer un outil intuitif, permettant de recevoir des notifications, messages de prévention ou alertes relatives à des faits de délinquance géolocalisés sur une carte. « Un système efficace, simple d’administration et d’utilisation, assez souple pour faire l’objet d’évolutions en fonction des besoins, et gratuit pour la gendarmerie, puisque le seul coût est l’abonnement annuel à Apple, pris en charge par les groupements de professionnels », décrit Clément.

Dans un premier temps, seuls les agriculteurs et les buralistes, souvent victimes de vols et de cambriolages, étaient concernés. « Cet outil offre la possibilité de rester en contact avec ces professionnels, qui ont tous un smartphone désormais, y compris les agriculteurs qui sont très connectés, explique le LCL Jean-François. Quand on parle de contact dans le cadre de la Police de sécurité du quotidien (PSQ), ce n’est pas seulement un contact physique, il doit aussi être numérique. ViGie nous permet notamment d’entretenir ce lien que nous avons depuis longtemps avec les agriculteurs, qui, par leur présence sur le terrain, sont des partenaires en matière de sécurité, une source importante de renseignements. C’est ce que nous attendons d’eux en retour. »

L’application a ensuite été proposée à d’autres publics : les professionnels du BTP, qui rencontrent un peu les mêmes problématiques sur leurs chantiers que les agriculteurs, les soignants, les référents de la participation citoyenne et, plus récemment, les élus. « C’est un moyen intéressant pour les commandants de brigade de communiquer avec les élus de proximité, ou avec les élus nationaux pour le commandant de groupement », poursuit l’officier de gendarmerie.

© GEND/SIRPA/MARIE-AMELIE SAILLET

Pas un 17 bis

Pour Jean-Philippe Perot, président des buralistes de Maine-et-Loire, « ViGie est une application très appréciée par les buralistes. Les conseils de prévention sont des piqûres de rappel utiles, car nous avons parfois tendance à tomber dans une routine, et à baisser la garde. Nous recevons également des alertes sur des faits géolocalisés, sans les détails de l’enquête bien sûr, mais qui nous incitent à redoubler de vigilance. On sent qu’on est soutenu par les gendarmes, c’est important. »

« Les informations diffusées, même succinctes, sur les auteurs ou leurs véhicules, sont très précieuses, ajoute Emmanuel Lachaize. Je communique énormément auprès de notre réseau pour inciter les exploitants à télécharger l’application, notamment les plus âgés qui sont un peu moins connectés. »

Si ViGie permet aux gendarmes de signaler des faits et d’échanger avec les professionnels, les citoyens et les élus, il ne s’agit pas d’un outil de signalement de la population vers la gendarmerie. Elle ne remplace pas le 17, qui reste le numéro indispensable en cas de constatation d’un délit. « Il est important de rappeler que les faits de délinquance doivent être portés à notre connaissance par ce numéro, note le lieutenant-colonel Jean-François. C’est cela qui va nous permettre de faire remonter les informations, notamment aux offices centraux, afin de regrouper les enquêtes et de pouvoir démanteler des filières, comme cela s’est produit récemment avec des vols de GPS. Souvent, les agriculteurs nous disent : “on ne vous a pas appelés, on ne voulait pas vous déranger”. Mais on leur explique que non seulement cela ne nous dérange pas, mais que c’est même indispensable pour notre travail d’enquête. »

Initié par le GGD de Maine-et-Loire, le système ViGie a ensuite été étendu au niveau régional, en Loire-Atlantique (44) et en Mayenne (53). D’autres adaptations sont à l'étude au niveau national.
                           

 

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