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Auvergne-Rhône-Alpes : l’OCLAESP déploie son antenne

Auteur : Antoine Faure - publié le
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Dans leurs bureaux au sein de la Région de gendarmerie de Rhône-Alpes, à Sathonay-Camp, les enquêteurs du détachement lyonnais de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP) traitent de nombreux dossiers en lien, notamment, avec les trafics de médicaments et de déchets.

Face à l’ampleur prise par les phénomènes de délinquance liés aux problématiques de santé publique et d’environnement, la décision a été prise de créer des détachements de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP), au sein des différentes Régions de gendarmerie, en métropole et outre-mer, afin de mieux occuper le terrain en s’appuyant sur le maillage territorial.

Les quatre premiers ont vu le jour en 2020, à Marseille, Bordeaux, Metz et en Guyane, suivis de trois autres au cours de l’été 2021, à La Réunion, Rennes et Lyon, et enfin de deux autres cette année, à Papeete et Valenciennes. Leur objectif est de prendre en compte les contentieux les plus importants et complexes, mais aussi d'être présents au côté des unités territoriales et de les sensibiliser à ces problématiques, afin de créer une dynamique conduisant à révéler davantage d'affaires locales.

Le haut du spectre de la criminalité organisée

Fort de son expérience de 35 années en gendarmerie, principalement en brigade et section de recherches, mais aussi à l’Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH), qu’il avait rejoint à sa création, en 2013, le chef d’escadron (CEN) Christophe Koenig commande une équipe de six enquêteurs, qui couvrent un territoire comptant douze départements : tous ceux de Rhône-Alpes et d’Auvergne, à l’exception de l’Ardèche, plus le département des Hautes-Alpes, en raison de son rattachement judiciaire à la cour d’appel de Grenoble.

« Pour le moment, la priorité, explique-t-il, c’est de nous faire connaître, faire savoir qu’on existe auprès de nos nombreux partenaires - comme l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Office national des forêts (ONF), la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) et les Brigades de contrôle et de recherche (BCR) de l’administration fiscale, qui peuvent détecter des phénomènes et nous les faire remonter -, mais aussi les magistrats référents environnement au sein des pôles spécialisés des quatre cours d’appel : Lyon, Chambéry, Clermont-Ferrand et Grenoble. »

L’adjudant Stéphane est l’un des six enquêteurs lyonnais du détachement. Auparavant affecté à la brigade d’Embrun, dans les Hautes-Alpes, il a répondu à un appel à volontaires pour rejoindre l’OCLAESP. « Le sujet m’intéressait. On commence par trier ses déchets, puis on a envie d’en faire plus, d’agir concrètement. Et mon métier me permettait de le faire. Mais nous ne faisons rien d’exceptionnel, simplement notre rôle de gendarme. Ce sont des enquêtes judiciaires classiques, même s’il y a beaucoup d’interlocuteurs sur lesquels nous pouvons nous appuyer. Ce qui est gratifiant, c’est de travailler sur des dossiers qui concernent le haut du spectre de la criminalité organisée. »

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Médicaments, déchets, dopage…

Le détachement OCLAESP de Lyon travaille actuellement sur plus d’une quinzaine d’enquêtes, avec des investigations lourdes. « Les bassins lyonnais et grenoblois constituent une zone criminogène importante, où passent de nombreux trafics, analyse le CEN Koenig. Avec la crise sanitaire, certains réseaux de stupéfiants ont diversifié leur activité vers le trafic de médicaments, dont Lyon est vite devenue la plaque tournante. C’est un trafic qui génère beaucoup de profits, avec des peines moindres que pour les stupéfiants. Cela crée forcément un appel d’air. »

Pour enquêter sur ces trafics, qui revêtent le plus souvent une dimension internationale, les gendarmes de l’OCLAESP s’appuient sur leurs partenaires frontaliers, suisses et italiens, via les Centres de coopération policière et douanière (CCPD) de Genève et Modane. « Les carabinieri possèdent également une unité dédiée à la lutte contre la criminalité environnementale, la CUFAA (Comando unità forestali, ambientali e agroalimentari), qui est l’un de nos interlocuteurs privilégiés », précise le chef du détachement.

Les affaires liées au trafic de médicaments ne sont pas les seules à se retrouver sur les bureaux des enquêteurs de l’office. Le trafic de déchets constitue une autre problématique majeure. Le schéma criminel est souvent le même : des sociétés fictives sont créées pour proposer des prestations de récupération et de traitement des déchets du BTP ; sauf qu’en réalité, bien sûr, elles récupèrent surtout les versements, et rejettent les déchets dans la nature. « Ces faits étaient jusqu’ici surtout constatés en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mais le phénomène commence à se développer en Rhône-Alpes, relève l’officier. C’est tout l’intérêt de la régionalisation : être proche du terrain, au contact des acteurs, afin de détecter l’émergence de phénomènes et obtenir du renseignement. »

Autre problématique, bien connue du grand public : le dopage. Alpes et Massif central obligent, le Tour de France passe tous les ans dans le coin. Depuis 2009, l’OCLAESP compte dans son périmètre d’action les enquêtes relatives au dopage dans le sport de haut niveau. Un binôme de l’Office est ainsi présent lors de chaque étape du Tour de France, avec pour mission principale d’ouvrir une enquête en cas de contrôle anti-dopage positif.

Mais le cyclisme n’est pas le seul sport concerné. Des matches de la coupe du Monde de rugby 2023 auront lieu à Lyon et à Saint-Étienne et, si les Jeux Olympiques de 2024 se dérouleront à Paris, les possibles trafics de produits dopants impacteront toutes les antennes de l’OCLAESP, et particulièrement celle de Lyon, toujours en raison du rôle de plaque tournante du couloir rhodanien. « Le sport de haut niveau est un peu la face visible de l’iceberg, note cependant le CEN Koenig. Le dopage de masse est un enjeu très important de santé publique. »

Dans la capitale des Gaules, les enquêteurs du détachement de l’OCLAESP traitent donc un volume de dossiers en constante augmentation, avec un volet cyber important, puisque de nombreux trafics se développent en ligne, sur le Dark Web. Le nombre de militaires affectés au détachement devrait bientôt passer à dix.