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NÉO 2 : quand le SCRTA se transforme en plateforme logistique pour déployer les futurs smartphones des gendarmes

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃8 min.
© SIRPA - Brice Lapointe

Le déploiement de la prochaine génération de terminaux NÉO 2 passe par de multiples phases, dont la plus importante se déroule au Service central des réseaux et technologies avancées (SCRTA). Située au Mans, cette infrastructure fourmille depuis la fin février, pour conditionner et envoyer mobiles et tablettes à travers le monde. Et la tâche s’avère être colossale. Reportage. 

Colossal, vertigineux... Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire la manœuvre en cours pour déployer la prochaine génération de terminaux (tablettes et mobiles) du programme NÉO 2. Depuis le 28 février, les équipes du Service central des réseaux et technologies avancées (SCRTA) s’activent pour distribuer pas moins 240 000 smartphones et quelque 800 000 équipements divers aux forces de l’ordre françaises, dispersées à travers le monde.

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Ce site, unique en France et situé au Mans, est spécialisé dans la maintenance en condition opérationnelle des matériels des systèmes d'information et de communication de la gendarmerie et de la police nationale, ainsi que de diverses entités du ministère de l'Intérieur. « Le SCRTA est un centre d’expertise technique, doté d’infrastructures logistiques », résume son commandant, le colonel Christophe Alexandre.

Un volume de marchandises digne d’Amazon

Cette structure avait déjà en charge le déploiement de la première génération de NÉO. À l’époque, en 2017, « seulement » 115 000 terminaux avaient été conditionnés dans les immenses hangars du SCRTA, avant d’être distribués aux unités. Aujourd’hui, le volume de cette marchandise a tout simplement doublé. Pour bien se rendre compte de la dimension de cette mission, l’acquisition de cette révolution technologique a nécessité pas moins de quinze semi-remorques, à l’intérieur desquels se trouvaient 471 palettes de 500 kg, soit plus de 200 000 tonnes de marchandises. 

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Pour répondre à ce défi surdimensionné, l’officier, comme tout bon planificateur, a méticuleusement préparé cette opération, et ce, depuis plusieurs mois. Avec ses équipes, il est chargé de « bleuir » les terminaux, c'est-à-dire de les doter du système d’exploitation sécurisé « SECDROID », puis de les expédier sur le terrain. Le challenge est d’autant plus impressionnant que cette manœuvre est une véritable course contre la montre : « L’objectif est d’écouler ces 240 000 terminaux ainsi que tous leurs équipements en quatre mois. »

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Pour ce faire, en plus de ses effectifs habituels, le colonel Alexandre peut compter sur le renfort de 18 réservistes, moitié gendarmes, moitié policiers. Ce sont eux qui vont conditionner les tablettes et les mobiles, un par un, le tout à la main. Car au SCRTA, presque toute cette manœuvre se déroule sans machine. « Il a donc fallu mettre en place une multitude de procédés, afin d’optimiser le rendement et, surtout, de tenir les délais », explique le commandant du centre.

Une opération pensée depuis plusieurs années

C’est là que la richesse du savoir-faire technique et de l’expérience des personnels du SCRTA entre en compte. Car s’ils ne partaient pas de zéro, il fallait malgré tout tenir compte des retours d’expérience du précédent déploiement. En 2017, « nous cirions les tables plusieurs fois par jour pour faire glisser les boîtes contenant les smartphones d’un technicien à un autre », raconte, amusé, l’adjudant-chef David, directeur du programme NÉO 2 au SCRTA.  

Désormais, toute la chaîne de production a été repensée spécialement pour cette occasion. Un ingénieur, avec 25 ans d’expérience dans le civil et issu de la grande production, a même été recruté pour concevoir ladite chaîne. « Il fallait une structure modulable et ergonomique », décrypte Laurent Ple, notamment passé par Phillips, entreprise qui fabrique et distribue 15 millions de produits par an. « Elle devait être adaptée aux volumes industriels et, surtout, offrir à celles et ceux qui y seront affectés de bonnes conditions de travail, notamment sur le plan musculo-squelettique. »

© SIRPA - Brice Lapointe

Le plan de travail a donc été conçu pour que chaque technicien bénéfice d’une aire d’emploi égale au diamètre des bras, une fois ces derniers tendus. De cette manière, les problèmes dorsaux dus à la répétitivité et à la longueur de la tâche sont limités. Cette aire d’emploi se matérialise par une plaquette, elle aussi spécialement conçue pour l’occasion par les personnels du SCRTA. Fabriqué grâce à la technologie de l’imprimante 3D, il s’agit d’un socle permettant d’insérer les cartes SIM et ROM, soit la mémoire morte, quatre par quatre. Une fois l’initialisation effectuée, les terminaux sont placés sur un tapis roulant, direction l’enregistrement. 

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Ces procédés industriels, couplés à des méthodes de management souples, sont fondamentaux pour répondre aux objectifs ambitieux fixés par le colonel Alexandre. Car pour tenir la cadence, soit 3 000 terminaux par jour, le tout pendant quatre mois, il était nécessaire de tenir compte d’une multitude de facteurs, notamment celui du bien-être des personnels. « C’est un métier très mécanique, pour ne pas dire répétitif, souffle l’officier. Nous avons mis en place des roulements, afin que l’activité ne cesse jamais, sauf la nuit. »

La sécurité toujours au cœur des préoccupations

Une fois « bleui », chaque smartphone va être enregistré dans une base de données. Leur numéro IMEI (l’International Mobile Equipment Identity est un numéro qui permet d'identifier de manière unique chacun des terminaux de téléphonie mobile, NDLR) est scanné à l’aide d’une douchette, comme dans un supermarché, puis inséré dans une base de données spécialement conçue par le ST(SI)² et les informaticiens du SCRTA.

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Ce procédé est, lui aussi, essentiel. C’est en quelque sorte ce système qui permet de tenir les comptes. Il offre notamment un suivi en temps réel de la production. Ce mercredi 2 mars 2022, par exemple, 9 000 mobiles étaient déjà prêts à l’envoi. Il permettra aussi, à terme, de savoir à quel personnel appartient tel téléphone. « C’est comme pour les armes de dotation, explique le colonel Alexandre. Chaque militaire aura le même téléphone du début à la fin de sa carrière, et nous devons savoir à qui il appartient, afin de pouvoir effectuer des réparations si elles s’avèrent nécessaires. »

Là encore, l’objectif est multiple. D’abord, grâce à son expertise, le SCRTA se pose à la fois comme le service après-vente, mais surtout comme le réparateur. « Un technicien de chez nous répare en moyenne 1 000 terminaux par an. Ils sont formés par les fabricants, afin que les mobiles et les tablettes bénéficient d’une garantie constructeur. »

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L’autre aspect de cet enregistrement est purement sécuritaire. Une fois les 40 terminaux conditionnés et emballés, une sorte de synthèse des IMEI est imprimée, puis apposée sur le carton. Celle-ci est protégée par une autre étiquette, collée à la main, « afin de garantir la sécurité durant le transport. » En clair, il s’agit de faire en sorte que personne ne puisse savoir ce qui se trouve dans le colis. Chaque carton est enfin pesé pour vérifier la quantité de terminaux à l’intérieur, puis envoyé vers le service chargé des expéditions.

Ce procédé permet d’assurer la traçabilité du paquet : « on note le poids et la taille de chaque carton. Ils sont anonymisés afin qu’ils ne soient pas identifiables. En cas de perte, nous donnons toutes ces informations au transporteur pour qu’il puisse le retrouver. » Tout ce système est labellisé par la norme ISO 9001. C’est elle qui définit les critères applicables à un système de management de la qualité, aussi bien concernant la satisfaction client que la fourniture de produits et de services conformes.

Un centre avant tout technique, appuyé par de la logistique

Pour fournir ce service de qualité, le SCRTA dispose de techniciens aux multiples compétences. Mais pour que tout cet écosystème fonctionne en symbiose, il faut des gens qui connaissent parfaitement leur métier. Ce qui est aussi le cas chez les logisticiens du site. Six d’entre eux conditionnent les palettes avant de les charger dans des camions. Les premières sont à destination de l’Outre-mer et prennent donc la direction de l’aéroport.

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Dans ce cas précis, il ne s’agit pas de simplement emballer et charger la marchandise. Cette manipulation nécessite tout un travail administratif préparatoire, comparable aux douze travaux d’Hercule. « Il y a des normes de sécurité très importantes concernant le transport via une voie aérienne civile », explique l’adjudante Marie-Andrée. À tel point que les militaires chargés de cette tâche ont dû suivre une formation spéciale. « C’est un métier dans un métier », résume de son côté le colonel Alexandre. « C’est très contraignant et cela nécessite beaucoup de travail en amont », explique, quant à elle, la maréchale des logis-cheffe Myriam. Pour chaque palette expédiée, il faut en moyenne deux jours. « Sachant qu’elle fait cela en plus de son travail quotidien », insiste l’officier.

Durant ces quatre mois, le SCRTA est donc sur le pied de guerre. Le site fonctionne déjà à plein régime afin de répondre aux objectifs fixés, à savoir que les dernières palettes quittent les infrastructures d’ici la fin juin. Le but : que tous les militaires aient leur nouveau NÉO avant le plan annuel de mutation.

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