Immersion

Un entraînement de haut vol sur le tarmac de l’aéroport d’Orly

Auteur : le chef d'escadron Sophie Bernard - publié le
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© GENDARMERIE/SIRPA/B.LAPOINTE
Garantissant la sécurité des personnes et des biens sur les pistes et aux abords de l’aéroport, le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie des transports aériens (PSIG GTA) d’Orly a convié la Cellule nationale d’appui à la mobilité (CNAMO) pour un exercice intrusion grandeur nature.

En à peine quelques minutes, une dizaine de silhouettes sont apparues aux abords de l’avion en ce début d’après-midi. Armés de pancartes arborant des messages militants, les individus ont décidé d’occuper les pistes pour se faire entendre, n’hésitant pas à communiquer sur leur action en direct sur les réseaux sociaux. Quelques-uns se sont installés sur le tarmac, formant un cercle en se tenant les bras, deux autres sont entravés au train d’atterrissage de l’avion à l’aide de tubes artisanaux, un dernier a même trouvé le moyen de grimper debout sur le cockpit.

Protéger du danger

S’il s’agit cette fois de plastrons pour entraîner les gendarmes du PSIG GTA et de la CNAMO, le cas s’est réellement présenté en juin 2020, sur ce même aéroport, avec des militants du mouvement Extinction Rebellion, ou encore en mars 2021, à Roissy Charles de Gaulle, avec des militants de Greenpeace. « Nous devons intervenir et les extraire dans un temps très court, car non seulement le trafic aérien est perturbé, mais ils peuvent porter atteinte à la sécurité de l’avion et courent également un vrai danger, que ce soit en étant surpris par le passage d’un engin dans la zone ou en se retrouvant happés par le souffle d’un réacteur », fait remarquer le colonel Jérôme Robert, commandant le groupement de gendarmerie des transports aériens Nord.

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Aussitôt l’alerte donnée par le chargé d’accueil de la brigade GTA, des militaires du PSIG se déplacent rapidement sur place. Ces derniers confirment le renseignement et mettent en œuvre un dispositif pour sécuriser la zone. L’équipe cynophile est employée pour « décontaminer » les individus et l’appareil à l’aide d’un chien explosif, au cas où il y aurait une volonté de piégeage, puis les gendarmes du PSIG procèdent à l’interpellation des individus à leur portée.

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« L’été dernier, un projet de loi a été voté afin d’instaurer le délit d'intrusion sur une piste d’aéroport dans le Code de l’aviation civile. Au-delà du danger pour eux et pour les passagers, les mis en cause s’exposent à une peine d’emprisonnement et à une amende qui peuvent augmenter si le délit est commis en réunion », souligne le colonel.

Un exercice inédit

Si le PSIG GTA s’est chargé des premiers individus assis en cercle sur le tarmac, il est obligé de faire appel à la CNAMO pour déloger leurs camarades entravés au sol ou installés sur l’appareil.

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« C’est une première pour nous de jouer ce type d’opération sur un avion avec la GTA. Le scénario le plus simple serait qu’on utilise la nacelle des pompiers pour déloger l’individu retranché sur l’aéronef, mais nous travaillons sur une situation dégradée où il n’y aurait pas ce type de moyen à disposition et où nous devrions faire appel aux techniques de cordes. Pour préparer l’exercice, nous nous sommes entraînés sur un cockpit d’appareil utilisé régulièrement par le GIGN sur le camp de Beynes », explique le major Philippe, chef de la cellule.

Une opération délicate

Arrivés sur place, les militaires de la CNAMO se présentent et expliquent aux individus la manière dont ils vont procéder. Pour parer à toute éventualité, un officier de police judiciaire et les pompiers sont présents sur le site, tandis que les gendarmes de la cellule sont filmés et appuyés par le PSIG. L’opération peut commencer. Des cordes sont lancées et tendues de chaque côté de l’appareil afin de leur permettre de se hisser au-dessus du cockpit. Ayant atteint l’individu perché sur l’avion, un militaire de la CNAMO l’équipe d’un casque et l’accroche sur l’une des cordes pour le faire descendre en sécurité, tandis qu’un autre suit sa progression sur une corde parallèle.

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« Il est essentiel de toucher le moins possible à l’appareil, chaque pièce étant fragile et coûtant des milliers d’euros. Il convient également d’avoir connaissance de certains dangers avant d’intervenir sur un avion. Par exemple, il ne faut pas fumer ou passer en véhicule sous les ailes, qui s’avèrent être des réserves de kérosène », alerte le colonel Robert.

Pas d’accroc sur le secours vertical, mais l’exercice n’est pas terminé pour la CNAMO qui doit maintenant désentraver les deux individus reliés au train d’atterrissage. Là encore, les militaires s’assurent que ces derniers sont bien protégés (casques, lunettes et protections auditives) avant de débuter l’opération.

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Une protection en métal est introduite à l’intérieur du tube et une couverture ignifugée est déployée devant le buste des deux hommes afin d’éviter toute blessure. Un gendarme de la cellule perce un premier trou dans le tube afin d’y introduire une caméra endoscopique. Une fois le point d’attache repéré, le tube est perforé et les militaires libèrent les deux individus.

Pas de blessé ni de casse, la mission est réussie et les unités rodées en cas de nouvelle intrusion.

À noter : le délit d’intrusion a été porté par un projet de loi en juillet mais adopté par la loi du 8 octobre 2021 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine des transports, de l’environnement, de l’économie et des finances – dite « DDADUE 2021 ». Cette loi crée le nouveau délit d’intrusion sur les pistes, qui figure dorénavant à l’Art. L. 6372-11 du Code des transports. Il vise toute personne qui ne dispose pas de l’autorisation prévue à l’article L. 6342‑2 du Code des transports et qui pénètre dans la zone côté piste. Ce délit est puni d’une peine maximale de six mois d’emprisonnement et de 7 500 € d’amende. Le délit est aggravé lorsque l’intrusion est commise en réunion ou lorsqu’elle est précédée, accompagnée ou suivie d’un acte de destruction, de dégradation ou de détérioration. Dans ce cas, la commission du délit ou la tentative de commission est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.