Immersion

Vendée : la gendarmerie ventile ses forces

Auteur : Antoine Faure - photos GAV T. Doublet - publié le
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Romuald et Stéphanie, gendarmes réservistes du poste provisoire de Jard-sur-Mer, en patrouille avec les policiers municipaux.
© GEND/SIRPA/T.DOUBLET

Toute la semaine, Gend’Info vous présente le Dispositif estival de protection des populations (DEPP) mis en place dans le département de la Vendée. Avant de nous rendre sur l’Île d’Yeu, puis à Saint-Jean-de-Monts, et enfin à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, panorama général et patrouille avec les réservistes du poste provisoire de Jard-sur-Mer.

« La Vendée en vaut la peine », écrivait Victor Hugo dans son dernier roman, Quatrevingt-treize, qui a pour toile de fond la fameuse guerre civile qui opposa les « bleus » révolutionnaires aux « blancs » monarchistes. Pour la gendarmerie nationale aussi, la Vendée en vaut la peine. Comme tous les autres territoires bien sûr. Le Groupement de gendarmerie départementale (GGD) y est organisé en trois compagnies : La Roche-sur-Yon, Fontenay-le-Comte et Les Sables-d’Olonne. Mais c’est cette dernière qui, en été, fait l’objet d’attentions toutes particulières.

Le territoire de la compagnie des Sables-d’Olonne s’étend comme un baigneur sur une plage, de l’île de Noirmoutier, à sa tête, à la Pointe de l’Aiguillon, à ses pieds. Et à partir de début juillet, la population s’accroît au fil des jours, comme une silhouette ombrée au fil des heures, de l’Île d’Yeu à Saint-Jean-de Monts, de Saint-Gilles-Croix-de-Vie à La Tranche-sur-Mer. Les campings font le plein, les bars et les boîtes de nuit aussi…

Trois leviers complémentaires

« La Vendée est un territoire qui affiche l’un des taux de chômage les plus bas du pays, compte de très nombreuses entreprises, et dont les communes, notamment sur le littoral, sont relativement riches, mais tiennent à conserver un esprit et une ambiance populaires, décrit le colonel Arnaud Pellabeuf, qui commande le GGD depuis le 1er août 2022. Le mois de juillet y est assez familial, mais au mois d’août arrive la population des grandes villes, notamment Nantes et Paris, et on constate davantage d’incivilités, de tapages, de délinquance d’appropriation… De très nombreux faits, même si on n’est pas dans le haut du spectre. »

Pour lutter contre cette délinquance, la gendarmerie occupe le terrain en augmentant nettement les effectifs dans les zones les plus touristiques. Le commandant du groupement dispose pour cela de trois leviers complémentaires, qui constituent le Dispositif estival de protection des populations (DEPP), prolongé exceptionnellement cette année jusqu’au 31 août.

Le premier consiste à détacher des gendarmes d’autres compagnies du GGD, voire d’autres Groupements de la Région de gendarmerie des Pays-de-la-Loire, pour les affecter temporairement à la compagnie des Sables-d’Olonne. C’est un équilibre subtil à trouver pour permettre aux deux compagnies « de l’intérieur » de continuer à fonctionner normalement. Il ne s’agit pas de déshabiller l’un pour habiller l’autre.

L’autre levier, ce sont les renforts de gendarmes mobiles, dans le cadre des Détachements de surveillance et d’intervention (DSI). Trois DSI de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 16/3 de Mamers sont ainsi venus prêter main-forte cet été à leurs camarades de la gendarmerie départementale. « Ils sont employés essentiellement le soir et la nuit, pour gérer les sorties de bars et de discothèques » , précise le colonel Pellabeuf. Des cavaliers de la garde républicaine, accompagnés de réservistes et de gendarmes locaux spécialement formés, sont également engagés au poste à cheval de Saint-Jean-de-Monts.

Enfin, dernier levier, et non des moindres, l’apport de réservistes qui arment, eux, les postes provisoires de Barbâtre, Notre-Dame-de-Monts, Brétignolles-sur-Mer, Jard-sur-Mer et L’Aiguillon-la-Presqu’île. « La décision a été prise par le GGD de ne mettre que des réservistes sur ces postes, sans aucun gendarme d’active, et qu’ils ne fassent que de la patrouille et de l’intervention, indique le commandant du groupement. Ils ne prennent pas les plaintes, les brigades étant assez proches pour cela. Ils sont sur les marchés, les plages, les lieux de vie et assurent une forte présence sur la voie publique. C’est un choix intéressant. »

« En tout, la compagnie des Sables-d’Olonne bénéficie cet été du renfort de 137 militaires, parmi lesquels des gendarmes d’unités de recherches et des motocyclistes, précise le capitaine Thierry, commandant en second de la compagnie. Ce dispositif s’organise très en amont, en étudiant précisément les données des étés précédents. Le DEPP est essentiel pour le bon fonctionnement de la compagnie. »

 

Romuald et Stéphanie, au service des Jardais

Vous connaissez la devise de Jard-sur-Mer ? « En tout temps, je brille. » On ignore si le « je » se réfère au roi Soleil, mais ce mardi 16 août, l’astre brille, indéniablement, comme ce fut le cas le plus souvent au cours de cette saison chaude et sèche.

À Jard-sur-Mer, les locaux du poste provisoire sont partagés avec la police municipale. « Les six réservistes qui arment le poste sont très autonomes et nous aident beaucoup, insiste l’adjudant-chef Nicolas, commandant la brigade de proximité de Talmont-Saint-Hilaire, l’une des trois de la Communauté de brigades (CoB) de La Tranche-sur-Mer, dont la population augmente de 40 000 à 200 000 personnes en été. Ils gèrent les interventions à leur niveau, avant éventuellement de faire appel à l’Officier de police judiciaire (OPJ) de permanence qui peut à tout moment reprendre la main. »

Les deux réservistes qui patrouillent aujourd’hui sur le front de mer, avec les agents de la police municipale, se prénomment Romuald et Stéphanie. Ils symbolisent bien la diversité de la réserve opérationnelle. Le maréchal des logis-chef (MDC) Romuald a 56 ans et est un ancien de l’arme. Gendarme mobile pendant une trentaine d’années, il était en Nouvelle-Calédonie en 1988, lors de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa, et à Haïti pour aider la population après le terrible séisme qui avait frappé l’île le 12 janvier 2010. « Je suis entré dans la réserve juste après mon départ à la retraite, explique-t-il. C’était important pour moi d’apporter mon expérience aux plus jeunes. Pendant la saison estivale, les brigades ont besoin de nous et les gendarmes sont contents de nous voir arriver. » Romuald aura effectué 31 jours de mission cet été, 21 au poste de L’Aiguillon-la-Presqu’île et 10 au poste de Jard-sur-Mer. Sa camarade du jour, la gendarme adjointe Stéphanie, a fêté ses 36 printemps et passe son premier été en tant que réserviste. « J’ai effectué ma Préparation militaire gendarmerie (PMG) en octobre 2021. Plus jeune, je voulais être gendarme, mais ça n’a pas pu se faire, pour différentes raisons. Je suis heureuse d’avoir pu trouver ce moyen d’entrer en gendarmerie. »

Au contact de la population jardaise, des commerçants, des élus, Romuald et Stéphanie œuvrent, avec leurs camarades réservistes, mobiles et départementaux, à la sécurité et à la tranquillité des estivants, de jour comme de nuit. Leur engagement est déterminant, comme l’est celui des personnels de la cellule réserve, qui définissent les profils des réservistes, lancent les appels à volontaires et établissent les plannings, ou encore de ceux de l'atelier auto, qui assurent la mise à disposition, l’entretien et le dépannage des véhicules complémentaires, sans oublier ceux de la SOLC (Section Opérationnelle de Lutte contre les Cybermenaces), qui équipent ces véhicules et les postes provisoires en radio, et installent des relais supplémentaires pour une couverture complète du littoral.

Prochaine étape de notre tour vendéen : l’Île d’Yeu, incontournable.