Immersion

Vendée : surveillance à terre et en mer avec les gendarmes de Saint-Gilles-Croix-de-Vie

Auteur : Antoine Faure - photos GAV T. Doublet - publié le
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© GEND/SIRPA/T.DOUBLET

À Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, la brigade territoriale autonome et la brigade nautique côtière, renforcées dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations, se complètent pour assurer de nombreuses missions, sur terre comme en mer.

Au commencement était la Vie. De part et d’autre de l’embouchure de ce fleuve côtier, se trouvaient jadis deux communes : Saint-Gilles-sur-Vie et Croix-de-Vie. Elles ont été réunifiées en 1967, quinze ans après la construction du pont de la Concorde – ne cherchez pas l’obélisque, il n’y en a pas –, donnant ainsi naissance à la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.
Ce vendredi 19 août, à l’heure de l’ouverture, il y a déjà du monde à l’entrée de la Brigade territoriale autonome (BTA). Au programme de la matinée pour les gendarmes : essentiellement des vols, de portables, de vélos… Des faits sans gravité, mais qui ont tendance à se multiplier en été, quand la population de la ville augmente.

Un DSI et un poste provisoire en renfort

« Saint-Gilles-Croix-de-Vie est une commune relativement calme par rapport à Saint-Jean-de-Monts, note cependant la capitaine Delphine Lucas, qui commande la BTA depuis le 1er août. La population y est différente et il y a moins d’interventions. » Elle connaît bien son sujet puisqu’elle a commandé pendant quatre ans le Peloton de surveillance et d’intervention de gendarmerie (PSIG) des Sables-d’Olonne. « J’ai arpenté toute la compagnie en long et en large, surtout de nuit ! »

Dans le cadre du Dispositif estival de protection des populations (DEPP) du Groupement de gendarmerie départementale (GGD) de la Vendée, les 36 gendarmes qui composent habituellement la BTA sont renforcés par une dizaine de personnels, gendarmes départementaux issus des deux autres compagnies et réservistes. « Cela nous permet de mettre en place des patrouilles sur trois créneaux de 8 heures et de couvrir ainsi toute la journée, précise la capitaine Lucas. J’ai également deux chargés d’accueil à la brigade, deux Officiers de police judiciaire (OPJ) et un gradé de permanence, sans oublier une secrétaire du Corps de soutien technique et administratif (CSTAG) qui m’est d’une très grande aide. »

En outre, un Détachement de surveillance et d’intervention (DSI), composé de 16 militaires de l’Escadron de gendarmerie mobile (EGM) 16/3 de Mamers, est situé à Saint-Hilaire-de-Riez. Ces derniers patrouillent l’après-midi et la nuit jusqu’à 8 heures du matin. Enfin, les six réservistes du poste provisoire de Brétignolles-sur-Mer fonctionnent en autonomie et couvrent leur territoire toute la journée, jusqu’à 3 heures du matin.

« Nos principales missions sont la prévention des vols à la roulotte et des cambriolages dans les zones résidentielles, décrit la commandante de la BTA. Les interventions nocturnes concernent essentiellement des tapages sans violence. Nous avons également des problématiques liées à la zone portuaire, comme la pêche interdite sur certaines zones, ou encore des faits de vols de GPS de bateaux, constatés sur tout le littoral vendéen. Enfin, nous sommes sollicités pour la sécurisation des nombreuses fêtes qui rythment les week-ends de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, la dernière ayant lieu ce vendredi 26 août. Événement majeur de la fin de la saison, les Feux de Sion sont un spectacle pyrotechnique et musical qui attire chaque année plus de 25 000 spectateurs. »

 

Suivre les poissons

Jouxtant les locaux de la BTA, se trouvent ceux de la Brigade nautique côtière (BNC). Celle-ci est armée par cinq gendarmes, trois plongeurs et deux pilotes, qui ont aussi pour rôle de sécuriser les plongées en surface. « À tout moment, nous pouvons être appelés pour une intervention plongée, sur toute la région des Pays de la Loire, et même parfois en Bretagne. À terme, nous serons cinq pilotes, ce qui permettra de développer notre activité en surface », précise l’adjudant Marc, qui a rejoint l’unité en 2018, après une première expérience de quatre ans à la BNC de Mayotte, puis une autre de même durée à la Wasserschutzpolizei, la brigade fluviale franco-allemande de Strasbourg. Et de l’activité en surface, la brigade n’en manque pas. « Notre mission principale est la préservation de la ressource halieutique, résume Marc. C’est-à-dire que nous suivons les poissons, des bateaux de pêche aux étals de poissonnerie et aux restaurants, en passant par tous les autres acteurs : les mareyeurs, les transporteurs… »

« Notre activité est saisonnière, rappelle l’adjudant Boris, l’autre pilote de la brigade. L’hiver, nous surveillons les parcs ostréicoles et nous sommes engagés dans la lutte contre le trafic de civelles, en lien avec les Affaires maritimes, la Gendarmerie maritime et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Avant l’été, nous vérifions que les clubs de voile, de surf ou de plongée possèdent bien un matériel aux normes, les diplômes des encadrants, les registres de sécurité… Et l’été, il y a beaucoup plus de navigation de plaisance. Nous multiplions les contrôles en mer pour nous assurer que les embarcations sont équipées de tout leur matériel de sécurité : gilets de sauvetage, fusées de détresse, lampes, bouts, écopes… »

Une patrouille en mer commence toujours par un passage à la capitainerie, le bureau des fonctionnaires d'État compétents en matière de police portuaire. Les gendarmes de la nautique sont ici comme chez eux. « C’est un endroit incontournable pour recueillir des informations sur le port, souligne Marc. La capitainerie possède en outre son propre système de vidéoprotection, dont nous pouvons visionner les images, ce qui peut s’avérer déterminant pour la résolution d’enquêtes, comme ce fut le cas cet été avec les vols de GPS. »

À bord du semi-rigide de la brigade, Marc et Boris échangent avec les acteurs du port, notamment les patrons de pêche professionnels les plus influents. « On les connaît tous, on est invités aux réunions, relève l’adjudant Marc. C’est très important pour obtenir du renseignement et le faire remonter au GGD, comme lors des manifestations récentes contre la hausse du prix du gasoil. » Une mission de contact sur l’eau, semblable à celle qu’assurent leurs camarades terrestres.

Les deux gendarmes entretiennent également d’excellents rapports avec les membres d’équipage des bateaux de transport, qui assurent trois allers-retours quotidiens avec l’Île d’Yeu en été. Ces derniers ont d’ailleurs récemment appelé les gendarmes de la nautique pour intervenir lors du débarquement des passages à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, à la suite d’une violente bagarre à bord.

 

De l’Île d’Yeu aux bassines

Les patrouilles autour de l’Île d’Yeu font bien sûr partie des missions de la BNC. « C’est une zone naturelle protégée qu’on doit surveiller, confirme Marc, que ce soient les carénages sauvages, les mouillages interdits… Nous intervenons aussi en appui de nos camarades de la brigade territoriale. En raison des délais de traversée ou en fonction des conditions météo, nous échangeons parfois par téléphone dans un premier temps, comme ce fut le cas cet été après un accident mortel en mer. »

D’autres missions spécifiquement estivales entrent dans leur champ d’activité, comme la sécurisation des nombreuses courses à la voile, ou celle des tirs de feux d’artifice depuis des barges en mer, comme ce sera le cas, ce vendredi 26 août, pour les fameux Feux de Sion.

Enfin, le panorama saisonnier ne serait pas complet sans citer une autre intervention, sur une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre cet été : dans la nuit du 8 au 9 août, deux bassines agricoles, ces immenses réserves d’eau destinées à l’irrigation des cultures, notamment en période de sécheresse, ont été vandalisées. Une enquête menée par un groupe de travail, spécialement monté pour l’occasion par le commandant de groupement, et constitué de quatre enquêteurs de brigades de recherches à temps plein, sous la coordination de l’officier adjoint à la police judiciaire du GGD, et à laquelle les gendarmes de la BNC ont été associés, pour la recherche d’indices au fond de ces bassines (qui peuvent faire plus de 400 mètres de long et contenir 750 000 m3 d’eau).

En Vendée, comme ailleurs, l’été se termine, et avec lui le DEPP de la gendarmerie. Dans quelques mois, un nouveau dispositif de protection, hivernal celui-là, sera mis en place pour les stations de ski.