Immersion

La Corse met le cap sur la vigilance en période estivale

Auteur : l'Aspirante Morgane Jardillier - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
En Corse, la vigilance est bien le maître mot de ces vacances 2016
© Sirpa Gend - MAJ F.BALSAMO

La Corse voit sa population multipliée par dix en période estivale. Pour garantir une protection maximale, des mesures de sécurité renforcées ont été mises en place.

Occuper le terrain. Tel est le leitmotiv des forces de gendarmerie en Corse en matière de protection des populations. Afin de garantir la quiétude des estivants, les effectifs habituels ont été renforcés par la présence de gendarmes mobiles et de réservistes. « Ce dispositif complète le maillage mis en place toute l’année. Il s’agit de faire de la prévention de proximité en montrant la présence des gendarmes », explique le chef d’escadron (CEN) Syméon Christo, commandant la compagnie de Porto-Vecchio. « Nous croyons en l’effet rassurant auprès de la population mais aussi en la force de dissuasion. »

Multiplication des patrouilles

Sur le littoral de Porto-Vecchio, première destination touristique de Corse, les patrouilles se sont justement multipliées. Des gendarmes du peloton de surveillance et d’intervention gendarmerie, renforcés par des mobiles et des réservistes, sont présents chaque jour de l’été, en particulier lors des fortes affluences et les soirs de marché nocturne dans la vieille ville. Une patrouille à VTT complète le dispositif. « C’est une manière de faciliter le contact, d’avoir une réactivité plus importante et la possibilité de s’engouffrer dans les ruelles, avec une visibilité plus accrue à des endroits inaccessibles en voiture, et parfois un certain effet de surprise ! », expliquent les gendarmes Aurélien Tourre et Baptiste Fossemale, de l’EGM 32/7 de Chaumont. « Mais il ne faut pas oublier que nous sommes aussi dans une logique d’accompagnement du public. »

Une projection rapide et efficace

De l’autre côté de l’île, entre les golfes de Porto et de Sagone, se découpent les calanques de Piana. La hauteur des falaises creusées dans la roche granitique, le contraste entre cette pierre rouge flamboyante, le bleu turquoise de la mer et le vert du maquis rendent ce paysage plus impressionnant encore. Étape incontournable, cette frange de la côte attire, en période estivale, entre 150 000 et 200 000 personnes désireuses de la longer en voiture.

Mais pour ce faire, il faut emprunter une route sinueuse, étroite et taillée dans la roche, où les conditions de circulation sont très restreintes. « À 50 cm près, un bus ne peut plus circuler et prendre un virage. Il faut donc l’aider à manœuvrer en marche arrière jusqu’à ce qu’il redescende, ce qui peut vite engendrer un embouteillage de plusieurs kilomètres », confie le lieutenant Louis Bellet, commandant la Communauté de brigades (Cob) de Vico. Pour accompagner ce flux de touristes, la Cob a ainsi mis en place sur le site un dispositif saisonnier composé de deux gendarmes en scooter MP3. « Un moyen de projection rapide et efficace dans la gestion de circulation et l’aide à la manœuvre », ajoute le lieutenant.

Festif et attentif

La Corse joue également sans complexe la carte de la « fiesta » estivale. Du chant corse aux beach parties, l’île vibre aux rythmes de la fête. Mais si les sorties nocturnes en tout genre sont les moteurs des nuits estivales, la prévention n’en reste pas moins à l’ordre du jour. « Nous sommes très vigilants sur la consommation excessive d’alcool et de produits illicites. Face à une augmentation de 350 % des délits liés à l’alcoolémie (par rapport au semestre dernier), nous avons multiplié les contrôles. Nous ne sommes pas dans une logique de répression mais de prévention, pour qu’il y ait toujours un lendemain aux fêtes… », précise le CEN Christo.

Inspection     

Des passagers scrutés à la loupe, des files de véhicules passés au peigne fin… Dès le lendemain de l’attentat qui a frappé Nice, les préfets de Corse ont pris des mesures pour renforcer les contrôles de sécurité dans les ports de l’île. Les véhicules qui débarquent sont fouillés et inspectés de manière aléatoire par une brigade cynophile. L’objectif est d’en contrôler 20 % afin de sécuriser le flux de passagers et tout ce qui peut entrer sur l’île, et réduire ainsi le risque d’attentat en Corse.

Marcher droit

Surfréquentation, méconnaissance du massif, alpinistes mal préparés, en période estivale, les gendarmes reprennent leur mission de prévention et de dissuasion sur le plus célèbre sentier de grande randonnée : le GR20. Avec plus de 40 000 randonneurs par an, soit 700 par jour, venus du monde entier, ces chemins balisés de rouge et de blanc sont le théâtre de fréquents accidents, notamment en raison de leur difficulté et des brusques changements météorologiques. « Nous donnons le maximum de conseils aux randonneurs que nous rencontrons concernant le matériel nécessaire, les conditions climatiques et parfois la difficulté du sentier. Il n’y a pas véritablement d’inconscience mais plutôt une méconnaissance du site », déplore l’adjudant Jérôme Issartel, du PGHM de Corte.

Leur seule mission de répression concerne le cirque de la Solitude (I Cascittoni). Étape redoutée des randonneurs, ce passage se franchissait à l’aide d’échelles, de chaînes et de câbles fixés sur les parois, parfois verticales. Après la mort de sept randonneurs dans un éboulement, vraisemblablement provoqué par un impact de foudre, l’itinéraire a été interdit par un arrêté municipal.

Surveillance et protection du littoral

Protéger les espaces maritimes insulaires sans pour autant les mettre sous cloche, veiller à la préservation des ressources sans brider le plaisir des amoureux de la plaisance : un équilibre avec lequel les gendarmes doivent composer chaque été. « Notre objectif est d’être perçus comme des régulateurs d’activités nautiques tant auprès des plaisanciers que des professionnels. Nous mettons l’accent sur la prévention et la dissuasion afin de faire comprendre que la mer n’est pas un terrain de jeux et qu’il y a des règles à respecter », indique le major Jean-Philippe Fleurent, commandant la brigade nautique d’Ajaccio.

Cela concerne notamment la sécurité à bord des embarcations avec le matériel obligatoire (gilets, extincteurs…), les comportements à risques liés à la vitesse et le respect des zones de mouillage afin de ne pas dégrader l’écosystème marin. Plus de 200 000 visiteurs débarquent chaque été sur les îles Lavezzi, au cœur de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio. Il est donc essentiel de concilier l’essor de l’activité touristique et la protection de ce patrimoine naturel remarquable.

Prévention feux de forêt

Si la protection de l’environnement est le credo de nombreuses associations sur le terrain, elle est aussi l’une des missions de la gendarmerie. De l’autre côté des routes du bord de mer, les cavaliers de la garde républicaine parcourent ainsi le maquis pour prévenir les feux de forêt. Ce mode d’action, respectueux de l’environnement, est particulièrement indiqué en Corse, où les espaces naturels sont très fréquentés et particulièrement vulnérables. En 2015, des incendies répétés ont ravagé des zones boisées de superficie très variable.