Immersion

Envol vers les Alpes avec le Détachement aérien de gendarmerie de Modane

Auteur : Capitaine Marine Rabasté - publié le
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© SIRPA Gendarmerie

Pour assurer le secours en montagne, les militaires du Peloton de gendarmerie de haute montagne de Savoie bénéficient de l'appui permanent du Détachement aérien de la gendarmerie de Modane. L'hélicoptère est un élément indispensable de la mission pour pouvoir accéder aux zones les plus difficiles d'accès. Focus sur cette unité permettant de sauver de nombreuses vies en montagne.

Au pied du massif savoyard, l’hélicoptère EC145 « Choucas 73 » trône sur la Drop Zone de Modane. Appartenant au Détachement aérien de gendarmerie (DAG), commandé par le capitaine (CNE) Alain Valette et composé de huit militaires, il est un appui indispensable aux sauveteurs. Son implantation permanente depuis 1989 répond à un besoin consécutif à l’augmentation considérable de l’activité touristique et du nombre d’interventions. Elle permet ainsi de limiter les délais d’intervention des sauveteurs, critère essentiel quand on sait que la moindre minute est précieuse lors d’un secours en montagne.

Inscrits au plan d’urgence départemental, les militaires du DAG de Modane travaillent en alternance hebdomadaire avec les secouristes de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS Alpes) d’Albertville et le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Modane, appuyés par un médecin montagne du SAMU 73. Été comme hiver, l’équipe doit faire face à une activité constante, nécessitant un engagement de tout les instants.

Secours en montagne, secours à risque

Avec ses cimes enneigées et ses paysages à couper le souffle, la montagne fascine. Mais elle présente pourtant de nombreux dangers. Ces derniers doivent nécessairement être pris en compte par les pilotes et les mécaniciens du DAG de Modane. Fort de plusieurs années d’expérience, le commandant du détachement en a bien conscience et connaît les difficultés. « Les risques en montagne sont réels, c’est ce qui rend délicate la décision de partir ou non sur un secours. Il faut évaluer la situation avant le décollage par rapport à l’enjeu du secours. Est-ce que le transport en hélicoptère est nécessaire ? Que va-t-il advenir de la personne si nous ne décollons pas en raison de conditions trop dégradées ? Ce sont autant d’éléments à prendre en compte. »

© SIRPA Gendarmerie

Les conditions météorologiques sont bien sûr une donnée centrale, d’autant plus qu’elles diffèrent en fonction de l’altitude. Mais beaucoup d’autres éléments doivent être analysés. Les lignes à haute tension, par exemple, sont parfois gênantes lorsqu’il faut procéder à un treuillage. Pour le capitaine Alain Valette, c’est le « jour blanc » qui pose le plus de difficultés : « Quand la surface au sol est blanche et que le ciel aussi, la perception exacte du relief devient très délicate, les bosses de neige, les crêtes se confondent et rendent très difficile le pilotage en montagne. Si en plus il y a de la poudreuse, ça peut devenir piégeux, car le pilote peut alors perdre ses références visuelles extérieures ! »

La décision finale de décoller ou non appartient au pilote : avec son mécanicien de bord treuilliste, il évalue les risques que représente la mission, afin de savoir si celle-ci pourra être assurée en sécurité, du début à la fin. L’analyse des conditions de vol est importante. Elle doit être précise, afin de pouvoir estimer au mieux la capacité de puissance de l’appareil. « Il faut toujours garder à l’esprit qu’il existe un plan B ! Si l’engagement du Choucas 73 est trop risqué, une caravane terrestre peut très bien être mise en place par les secouristes. Nous pouvons également les déposer sur un point au plus proche du lieu d’intervention, là où nous sommes en mesure d’aller en toute sécurité », explique le capitaine Valette.

Être pilote d’hélicoptère en montagne

Évoluer en montagne n’est donc pas à la portée de n’importe quel pilote d’hélicoptère. Il s’agit d’une compétence particulière, acquise grâce à une formation spécifique. Pour obtenir cette qualification, il faut déjà être expérimenté sur « plaine », en cumulant un total de 700 à 800 heures de vol. Au centre de vol en montagne de Briançon, les pilotes sont formés aux particularités du vol en haute montagne durant quatre sessions de 15 jours, réparties sur les quatre saisons de l’année, et ce, afin qu’ils soient confrontés à tous les aspects de l’environnement et de la météorologie en montagne. Analyser des points de poser, évoluer en sécurité sur les lieux d’un secours ou encore poser et récupérer les secouristes sont autant de capacités que les pilotes doivent maîtriser s’ils veulent pouvoir prétendre à une affectation au sein d’un détachement aérien en haute montagne. Une fois la qualification montagne obtenue, l’apprentissage se poursuit. Avant d’être totalement autonome, le nouveau pilote va d’abord bénéficier de quelques séances de vol en montagne pour se repérer, identifier les dangers (lignes à haute tension, câbles…) et traiter les points de poser de son secteur d’intervention. Il volera ensuite en double avec un pilote expérimenté, puis seul avec un « ancien » mécanicien connaissant bien la zone d’action, avant d’être laissé en autonomie complète.


© SIRPA - ADC J-F Jounel

Cette technicité est également nécessaire pour les mécaniciens de bord qui souhaitent rejoindre un DAG en montagne. Ainsi, au même titre que les pilotes, ils doivent suivre une formation particulière au centre de Briançon, où ils apprennent à guider le pilote pour se poser en appui patin et à procéder à un hélitreuillage en paroi en toute sécurité.

Un maintien en condition opérationnelle indispensable

Le secours en montagne est délicat et nécessite un maintien en condition opérationnelle des personnels, qu’il s’agisse des secouristes mais également de l’équipage du DAG. Des séances d’entraînement sont donc régulièrement organisées : hélitreuillage, poser sur la neige, vol de nuit… Il est important pour les pilotes et les mécaniciens de toujours être en mesure de maîtriser les différents types d’intervention. Pour cette raison, un contrôle de compétences est réalisé tous les ans.

Par ailleurs, seuls trois pilotes sont affectés au DAG. Cela peut paraître peu au regard de l’activité, mais il y a une bonne raison. « Il ne faut pas qu’il s’écoule de trop longues périodes sans voler si nous voulons maintenir une condition opérationnelle suffisante. Si nous étions plus nombreux, les permanences reviendraient moins souvent, nous aurions moins d’heures de vol chacun et nous risquerions de perdre en technicité », explique le capitaine Alain Valette. Outre les entraînements, le maintien en condition opérationnelle passe donc également par une pratique régulière.