Immersion

Eure-et-Loir : un dispositif exceptionnel pour lutter contre la traite des êtres humains

Auteur : Pablo Agnan - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
Le chien des douanes, "Otto", en pleine action de recherche de stupéfiants dans les bagages d'un individu.
© GND F. Garcia

45 gendarmes et 25 agents d’une demi-douzaine d’administrations différentes s’étaient retrouvées le 17 septembre, sur une aire de repos près de Dreux pour un comité opérationnel départemental anti-fraude (CODAF). Plus de 800 véhicules ont été contrôlés.

Le dispositif était pour le moins impressionnant ; le jeudi 17 septembre, pas moins de 45 gendarmes et 25 agents d’une demi-douzaine d’administrations différentes s’étaient donnés rendez-vous pour une vaste opération de lutte contre le travail illégal. Baptisé CODAF, pour comité opérationnel départemental anti-fraude, ce déploiement exceptionnel regroupait, en plus des militaires, des agents de la Direction centrale de la Police aux frontières (DCPAF), des douaniers et bien d'autres. 

Le lieu n’a pas été sélectionné au hasard. Postés sur une aire de repos de la nationale 12, située à quelques kilomètres de Dreux, dans l’Eure-et-Loir (28), l’axe est un lieu privilégié pour toutes sortes de trafics, comme le confirme le chef d’escadron Ihssane : « Cette route est la porte d’entrée Ouest vers Paris, résume le patron de la compagnie. Nous y intervenons très régulièrement, aussi bien pour des accidents, que pour des opérations de contrôle routier, un peu comme celle-ci. »

Lutter contre le travail illégal

Dès 9 heures, le dispositif était en place ; les agents de la Direction Interdépartementale des Routes du Nord-ouest (DIRNO) avaient dévié la circulation en direction de Paris vers une petite aire de repos. Le trafic est rapidement devenu saturé et le travail des militaires, lui, a pu commencer. Trois couloirs, marqués par des plots de chantier, ont été créés : l’un pour sortir de l’air de repos, un second pour contrôler les véhicules, et un troisième pour les immobiliser complètement.  

Pour les gendarmes, l’objectif de ce contrôle routier était double ; d’abord, « relever les infractions relatives à la législation sur le travail en général et les fraudes, en particulier celles sur le transport d’aliments ou d’animaux par exemple », détail le commandant Ihssane. Les militaires ont également profité de cette démonstration de force pour cibler « les contrefaçons, le transport d’armes, les infractions à la législation sur les stupéfiants, les vols, les recels et même les infractions au code de la route. »

L’autre ambition de la compagnie résidait dans le titre de la mission : comité opérationnel départemental anti-fraude. Le CODAF est un large dispositif associant les militaires à une demi-douzaine d’administrations spécialisées. Une occasion en or de développer la synergie entre les services, comme le souligne, après coup, le directeur de l’opération : « C’est l’un des aspects positifs de ce contrôle. La conjugaison des efforts a permis de mettre à profit les compétences de chacun. »

864 véhicules contrôlés en moins d’une matinée

Parmi les services présents, une dizaine de douaniers sont venus compléter le dispositif, avec notamment l’apport d’Otto, un chien « stup » (pour stupéfiants N.D.L.R), ainsi que de quatre motards et leurs puissantes Yamaha FJR 1300. Ces derniers ont d’ailleurs été mis à contribution lorsqu’un chauffard a refusé d’obtempérer, couper a travers le talus et a pris la fuite. Trop rapide pour se faire prendre par le « StopStick » (barre permettant de stopper les véhicules en dégonflant les pneus, N.D.L.R), il a été pris en chasse par les douaniers. Malheureusement, le conducteur s’est volatilisé, non sans laisser les gendarmes relever sa plaque.        

D’autres services étaient également présents comme la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP). Ce sont eux qui contrôlent ce qui se trouvent l’assiette des Français. « Nous sommes présents ici aujourd’hui pour vérifier la validité et la qualité des produits, notamment ceux qui sont transportés dans les camions frigorifiques », explique Julie Valle, enquêtrice pour l’ex-service vétérinaire. Leur attention était particulièrement portée sur les risques liés à la peste porcine, « maladie animale dont les conséquences socio-économiques et sanitaires pourraient être majeures si elle venait à se développer en France. »

Au total, durant les quatre heures qu’aura duré ce CODAF, pas moins de 864 véhicules auront été contrôlés. Deux procédures pour travail dissimulé ont été relevées, ainsi d’une fausse déclaration d'activité de conducteur et une autre liée à la réglementation sociale européenne, pour laquelle une consignation de 4 500 euros a été réalisée. Une autre procédure pour séjour irrégulier a été effectuée. Quatre infractions liées aux stupéfiants ont été constatées, « deux pour conduite et les deux autres pour détention », précise le chef d’escadron Ihssane. Enfin, quatre infractions à la réglementation sur le transport de matières dangereuses ont été attestées.

À noter :  Le CODAF du 17 septembre impliquait, outre la gendarmerie et les administrations citées dans le texte, deux agents de l’Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF), un personnel de la Mutualité sociale agricole (MSA) et enfin, deux de la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL).

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