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Fontenay-le-Comte : une gestion des interventions optimisée pour un territoire hétéroclite

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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© SIRPA/Gend F. Garcia

Face à une délinquance active de jour comme de nuit, les gendarmes de la compagnie de gendarmerie départementale de Fontenay-le-Comte sont présents en permanence sur le terrain grâce à une nouvelle organisation de gestion des interventions.

Sur la compagnie de Fontenay-le-Comte, 145 gendarmes se partagent la protection des 136 000 habitants. Avec une superficie équivalente à un tiers du département de la Vendée, cela n’est pas de trop. Pour assurer une présence constante sur le terrain, de jour comme de nuit, un dispositif spécifique a été mis en place en mai 2020. Car dans le coin, l’activité nocturne est soutenue, en particulier sur les secteurs des Communautés de brigades (CoB) de Fontenay-le-Comte et de Luçon, qui totalisent à elles seules 40 % des interventions. La grande partie de la délinquance d’appropriation agit en effet la nuit. Par ailleurs, dans le contexte sanitaire actuel, cette présence est essentielle, en témoigne le nombre de verbalisations établies entre 20 heures et 8 heures. La continuité de l’action sur le terrain s’avérait donc nécessaire.

Une présence permanente sur le territoire

L’idée d’un tel dispositif résulte d’une réflexion selon laquelle, pour être pleinement réactif, il faut en permanence une patrouille à l’extérieur, en mesure d'intervenir rapidement, et une séparation entre le travail de jour et celui de nuit.

Pour ce faire, la compagnie a d’abord été divisée en trois secteurs, et le Peloton de surveillance et d’intervention (PSIG) renforcé de 21 militaires issus des brigades, afin d’atteindre l’effectif de 36 personnels. Ces derniers constituent les équipes de nuit chargées de la gestion des événements. Ainsi, de 20 heures à 2 heures du matin, trois patrouilles sécurisent le secteur de la compagnie. Ensuite, de 2 heures à 8 heures, créneau où les sollicitations sont moins nombreuses, une patrouille reste sur le terrain. Mais en cas de besoin, des militaires demeurent tout de même d’astreinte de nuit et peuvent être rappelés ! Quant à la journée, chaque secteur dispose de sa patrouille consacrée aux interventions, qu’il s’agisse d’un équipage armé alternativement par les différentes unités du secteur (comme c’est le cas à la brigade territoriale - BTA - de Fontenay-le-Comte), ou par les unités territorialement compétentes sur leur circonscription respective.

Avec un tel dispositif, la capacité d’intervention immédiate est constante. « Cela nous permet de remplir deux objectifs majeurs. D’une part, tenir le terrain en toutes circonstances et, d’autre part, alléger les astreintes des militaires, permettant ainsi de dégager du temps pour le contact avec la population et les acteurs locaux », explique le chef d’escadron Jean Sztimer, commandant la compagnie de Fontenay-le-Comte.

© SIRPA/Gend F. Garcia

De jour, les commandants de brigade ont en effet pu réinvestir le champ du contact avec les élus et les partenaires locaux, tandis que les patrouilles de prévention de proximité prennent le temps de renouer le contact avec la population et les commerçants. L’action se poursuit également en nocturne, les patrouilles établissant un contact avec les travailleurs et les acteurs de la nuit.

« Le dispositif reste toutefois souple et s’adapte à la conjoncture. En ce moment, nous avons une problématique d’atteintes aux biens sur l'un des secteurs. Pour accentuer la surveillance, nous avons donc deux patrouilles de 20 heures à 2 heures, mais également deux patrouilles au lieu d’une de 2 heures à 8 heures », précise le commandant de compagnie.

Une organisation diurne adaptée

Au-delà de la gestion des interventions, le dispositif adopté impulse une modification de l’organisation des unités élémentaires. C’est la démarche entreprise par le capitaine Pierre Dubos, commandant la CoB de Luçon, afin d’optimiser au maximum la manœuvre. « Sur la CoB, nous avons dépersonnalisé les procédures, c’est-à-dire qu’une enquête n’est plus attribuée à un gendarme en particulier. Cela permet, d’une part, d’équilibrer la charge de travail entre l’ensemble des militaires ne participant pas au dispositif de nuit et, d’autre part, que chacun ait une connaissance de l’activité judiciaire de l’unité », indique-t-il. Car les militaires du dispositif n’ont vocation à ne gérer que les interventions, et non de traiter les enquêtes qui s’ensuivent. Cette tâche relève de la brigade territorialement compétente. Cette expérimentation a également été reprise par la BTA de Fontenay-le-Comte, bien que sa gestion diurne des interventions diffère de celle de la CoB de Luçon.

Un bilan positif

Après six mois d’expérimentation, le commandant de compagnie dresse un bilan positif : « les militaires cumulent moins d’heures de récupération, car ils ne sont plus systématiquement employés de jour comme de nuit. La présence diurne sur le terrain, et notamment le contact avec la population, est alors accentuée. Par ailleurs, cette présence constante a permis de diminuer le nombre d’atteintes aux biens et répond donc pleinement aux attentes de la population ».

© SIRPA/Gend F. Garcia

Avec ce dispositif, le contrat opérationnel de la compagnie est atteint, puisque le taux d’engagement sur le terrain dépasse 40 %. De plus, il est adapté au contexte sécuritaire actuel, puisqu’il permet de disposer d’une riposte immédiate en cas de menace terroriste. Les élus locaux semblent également satisfaits de cette nouvelle organisation.

Du côté des militaires, le ressenti est également bon. « Avec ce dispositif, je ne fais quasiment plus de nuit, et cela me permet de conjuguer plus facilement ma vie professionnelle et ma vie familiale. J’ai une petite fille de dix-huit mois et mon conjoint est gendarme mobile, donc souvent parti en déplacement », explique le gendarme Léa, de la CoB de Luçon.