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Grenoble : l’une des plus grandes CIC de France fait peau neuve

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© GND F. GARCIA
Avec plus de 40 000 crimes et délits à traiter chaque année, la Cellule d’identification criminelle (CIC) de Grenoble est l’une des plus importantes de France. Depuis 6 mois maintenant, les Techniciens en identification criminelle (TIC) qui y travaillent ont intégré un tout nouveau bâtiment. Une installation qui sonne comme une renaissance pour cette CIC, qui fut ravagée par les flammes il y a 5 ans.

Sur le mur, le phœnix qui orne le nouvel écusson de la CIC de Grenoble marque la renaissance de cette cellule, qui fut touchée par un terrible incendie. Le 21 septembre 2017, en pleine nuit, plusieurs départs de feu volontaires sont constatés. En quelques heures seulement, l’ensemble du bâtiment ainsi que les garages du groupement jouxtant la CIC partent en fumée. Après la consternation vient le moment de la reconstruction. En novembre 2020, après des années de travaux et de montage de projet, les techniciens en identification criminelle intègrent enfin leurs tout nouveaux locaux.

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Des locaux sur mesure

Pour la réalisation de ce projet, les neuf TIC qui composent l’unité scientifique ont œuvré ensemble à l’élaboration des plans. Aidés d’un architecte, des affaires immobilières et du manuel de référence criminalistique du Pôle judiciaire de la gendarmerie nationale (PJGN), ils ont conçu un bâtiment de 400 m², soit 100 m² de plus que les anciens locaux, pensé en deux parties conçues tout en longueur.

D’un côté se trouve la partie administrative, composée des bureaux, du matériel pour les interventions extérieures et du garage, où un nouveau box, séparé des autres, permet d’accueillir un véhicule impliqué dans une affaire, où la recherche de preuves pourrait permettre l’identification d’un suspect. La deuxième partie du bâtiment regroupe l’ensemble des quatre nouveaux plateaux techniques (contre trois dans l’ancienne CIC). Dans chacun des deux principaux plateaux (physique-chimie et biologie), une grande baie vitrée donnant sur les bureaux permet à tous d’avoir une visibilité sur les manipulations en cours, tout en limitant la contamination des pièces à conviction.

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L’organisation générale des bâtiments a été reprise de l’ancienne CIC, construite en 2012, comme l’explique le major Yannick, chef de la CIC : « Nous avions un beau plateau technique, donc nous avons voulu retrouver la même chose en l’améliorant. Avant, nous avions une salle optique/scellés, qu’on aurait bien voulu dissocier. C’est ce qu’on a pu faire ici, grâce à la surface qui nous a été allouée. Nous avons aussi pu mettre un sas [avant l’entrée en salle de biologie], alors qu’initialement nous avions du scotch qui délimitait la zone pour s’équiper. » Pour éviter de nouveaux problèmes, la sécurité du bâtiment a également été renforcée.

Un bâtiment adapté au périurbain

Si cette nouvelle CIC a tout fait pour être la plus organisée possible, c’est avant tout parce qu’il s’agit de l’une des plus actives de France. Avec plus de 40 000 crimes et délits enregistrés chaque année dans le département, les techniciens doivent être sur tous les fronts. « On nous engage chaque fois qu’il y a une affaire criminelle en zone gendarmerie. Nous avons 512 communes sur le département de l’Isère, dont 501 sont directement sous la responsabilité de la gendarmerie. Cela fait une grosse surface. La population est moindre qu'en zone police, mais la superficie sur laquelle nous devons travailler est énorme, elle représente quasiment 90 % du territoire de l’Isère », explique le major. Parmi les faits de délinquance les plus courants que doit gérer la CIC, se trouvent les atteintes aux biens, avec les cambriolages ou les vols à main armée, les atteintes aux personnes, avec des tentatives d’homicide, ou encore la délinquance liée aux quartiers sensibles, comme les tirs de mortiers ou le trafic de stupéfiants.


© V. Martin

Une collaboration à tous les niveaux

Pour soulager les TIC sur les enquêtes mineures, des Techniciens en identification criminelle de proximité (TICP) ont été formés. Sur les 1 600 gendarmes que compte l’Isère, 700 ont aujourd’hui cette spécialité. Intégrés à l’échelle des brigades, ils peuvent, après une formation de trois jours, effectuer au quotidien des prélèvements d’empreintes ou de traces ADN sans avoir à solliciter les TIC.

Auprès de ces premiers relais, au plus proche du terrain, le rôle des TIC de la CIC est multiple. « Nous vérifions que l’empreinte qui nous a été transmise est de suffisamment bonne qualité pour être transmise au fichier. Si ce n’est pas le cas, nous envoyons un message directement au collègue en lui expliquant que ça ne fonctionne pas et pourquoi. Nous formons aussi les TICP et les invitons à passer ici. Ils ont besoin de savoir ce qu’ils vont trouver sur le terrain et ce qu’on peut faire pour les aider au niveau du laboratoire. Nous leur expliquons que sur leurs enquêtes, il ne faut pas hésiter à nous requérir », explique le major Yannick.

Les 104 CIC de France sont elles-mêmes conseillées par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), situé à Pontoise, notamment sur des affaires sensibles, de grande ampleur. L’institut a, par exemple, soutenu la CIC de Grenoble sur l’affaire Maëlys, ou encore le meurtre de la jeune Victorine. Une aide technique et une expertise de pointe particulièrement appréciées des équipes de la CIC. « Les TIC, c’est une communauté. Nous sommes très proches des experts du PJGN. […] Sur les grosses affaires qui surviennent sur notre territoire, le PJGN met un CO-CRIM (Coordinateur des opérations de criminalistique ), mais ne récupère pas l’affaire », explique le major Yannick, avant de poursuivre : « Sur l’affaire Maëlys, nous étions donc deux CO-CRIM : un au niveau du PJGN et moi pour la CIC. »

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Des partenariats au-delà de la gendarmerie

Au-delà de ces liens au sein de la gendarmerie, la CIC de Grenoble entretient également une relation privilégiée avec l’institut médico-légal de Grenoble. « Notre proximité est très intéressante, parce que lorsqu’il y a des homicides dans les départements limitrophes, les autopsies se passent à Grenoble, donc il arrive que nous ayons un appel téléphonique pour venir renforcer les CIC voisines et soutenir leurs équipes. Il y a une vraie coopération. »

Les personnels de la CIC reçoivent également des universitaires qui souhaitent découvrir le monde de la criminologie. « Il y a toutes sortes d'étudiants qui viennent voir la CIC. Certains sont en sciences criminelles, mais pas seulement. Certains viennent parce qu’ils sont intéressés par le côté criminalistique. Il y a aussi un D.U. de criminologie à Grenoble et il arrive qu’on soit sollicité pour faire des présentations. »

Entre la formation, le soutien aux TICP, la résolution d’affaires du quotidien et celle de grosses affaires plus médiatiques avec le soutien du PJGN, ainsi que le travail conjoint avec l’institut médico-légal et l’université de Grenoble, les TIC de la CIC de Grenoble ne chôment pas. Dans quelques mois, ils seront d’ailleurs renforcés par un dixième technicien. Une aide précieuse pour ce territoire aux multiples facettes.