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La gendarmerie sécurise le départ du Vendée Globe – épisode 2/2

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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© Gend F. Garcia

À l’occasion du départ de la neuvième édition du Vendée Globe, la gendarmerie nationale a conduit une manœuvre d’ampleur en trois dimensions afin d’assurer la sécurisation de la zone et le bon déroulé de la manifestation. Focus sur la partie maritime du dispositif.

En quittant le port des Sables d’Olonne, sur une bannière accrochée le long du chenal, une inscription prête à sourire. « Veinards ! En mer y’a pas d’Covid ». Difficile en effet d’imaginer comment ces 33 skippers, confinés avant leur départ puis seuls sur leur embarcation, peuvent être infectés par le virus au cours de leur traversée. Mais si la Covid-19 est omniprésente dans les esprits, d' autres menaces ne doivent pas être ignorées car, malheureusement, elles ne disparaissent pas une fois les passes du port franchies. Des troubles à l’ordre public étaient en effet susceptibles de survenir, sans oublier la menace terroriste qui reprenait de l’importance. De même, la navigation de plaisanciers bravant l’interdit pour tenter d’apercevoir ne serait-ce qu’un IMOCA au départ aurait pu venir perturber celui-ci . Mais, si le brouillard tombé sur le large des Sables d’Olonne ne pouvait être maîtrisé, ce n’était pas le cas de ces trois risques. Ce dimanche 8 novembre, le maintien d’un dispositif maritime de sécurisation était donc primordial. Ainsi, dès 7 heures, une cinquantaine de militaires relevant de la gendarmerie maritime et départementale ont « mis les voiles » hors du port, bien résolus à assurer la sécurité du site maritime.

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Une mise en place matinale

Dès 6 h30, les gendarmes maritimes et nautiques sont sur le pont... ou plutôt sur les pontons ! Prêts à embarquer, ils effectuent les dernières vérifications d'usage. Au moyen de son semi-rigide, la Brigade de surveillance du littoral (BSL), venue de Lorient spécialement pour l'occasion, finit sa surveillance de nuit et effectue une dernière inspection au niveau de la zone d'amarrage des IMOCA. Sous des lumières bleues, roses et jaunes dignes d'un éclairage de discothèque, les équipages et les membres de l'organisation se préparent. Rien à signaler de ce côté pour les gendarmes de la BSL.

© Gend F. Garcia

A 7 heures précises, c'est au tour du patrouilleur Géranium de quitter le port. A son bord, le Lieutenant Eric Schamberger, commandant du navire et, ce jour-là, chef tactique de la manœuvre en mer. Durant toute la journée, il aura sous ses ordres l'ensemble des moyens nautiques de la gendarmerie mais également ceux des affaires maritimes et des douanes. En lien avec le Poste de commandement opérationnel (PCO), le Centre des opérations maritimes (COM) de la marine nationale à Brest et l'ensemble des embarcations, il est en mesure de réorienter le dispositif pour faire face à tout événement, sous l’autorité du préfet maritime de l’Atlantique.

Quelques minutes après, la Vedette Vertonne de la brigade de gendarmerie maritime des Sables d'Olonne lui emboîte le pas. En mer, les deux embarcations rejoignent le dispositif où se trouve déjà la vedette Galene et le semi-rigide de la brigade de nautique de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, arrivés le matin même par la mer.

Sur un ponton proche de la sortie du port, les militaires du Peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) de Saint-Nazaire finissent de s'équiper tout en écoutant les ordres donnés par leur commandant de peloton. Pour eux, pas de tenues bleues ciel et marine mais plutôt des tenues noires semblables à celles des équipes d'interventions départementales ou mobiles, et des fusils d'assaut. Car la gendarmerie maritime dispose également de sa propre force d'intervention. Sur un semi-rigide dont la vitesse peut s'élever à plus de 50 nœuds, les sept militaires présents ce jour-là sont en mesure d'intervenir rapidement en cas de troubles à l'ordre public ou d’atteintes aux personnes. Leur capacité d'engagement n'est semblable à aucune des autres embarcations. Accélérations instantanées, prise de virages serrés grâce à la maniabilité du bateau , aucun obstacle ne s'oppose à une intervention rapide … à condition de bien s'accrocher !

Une mission essentielle

Une fois le port quitté, la mission du jour peut pleinement débuter. Comme les gendarmes à terre, les militaires sont, sur l'ensemble du plan d'eau consacré à la manifestation, chargés de garantir la sécurité des biens, des personnes et de l'environnement, marin en l'occurrence. « La gendarmerie maritime est la seule administration à avoir l'intégralité des pouvoirs de police en mer, explique le colonel Ghislain de Cacqueray, commandant le groupement de gendarmerie maritime Atlantique. Nous sommes compétents pour relever l'ensemble des infractions en mer, qu'il s'agisse des troubles à l'ordre public ou des incidents à bord des navires, et gérer les situations de crise ». La présence de la gendarmerie maritime et nautique pour ce départ si particulier était donc incontournable.

© Gend F. Garcia

Si la mer était calme ce jour-là, on ne peut pas en dire autant de l'ambiance qui règne au sein du milieu maritime depuis quelques temps. Les incertitudes liées au Brexit, l’effondrement des cours du poisson en raison de la COVID et le sujet des prises accidentelles de cétacés notamment agitent les professionnels de la pêche et les défenseurs de la faune marine. Le risque de troubles à l'ordre public était alors possible. Il y a quelques semaines, une action de protestation était déjà venue perturber le départ d'une course nautique à La Trinité-sur-Mer, le Spi Ouest France. Le dispositif maritime a donc été dimensionné pour faire face à une telle menace.

© Gend F. Garcia

Quant au deuxième volet de la mission de sécurisation, il s'agit pour les gendarmes sur l'eau de faire respecter la réglementation maritime, notamment ceux pris spécialement par le préfet maritime à l’occasion du Vendée Globe, et de s'assurer qu'aucun navire non accrédité, de pêche ou de plaisanciers, ne navigue dans les zones réglementées. Car le public était interdit à terre mais également en mer !

© Gend F. Garcia

En raison de la présence du ministre de la Mer, Annick Girardin, venue assister au départ, les gendarmes en mer ont également dû sécuriser cette visite officielle.

Un départ sans accroche

À midi, à l’exception de quelques plaisanciers en infraction et de quelques pêcheurs s’attardant dans l’axe du départ, toujours aucune menace n'a été décelée. Mais c'était sans compter sur les conditions météorologiques !Sans crier gare, un épais brouillard s'abat sur le plan d'eau, rendant presque invisible toute embarcation à plus de 20 mètres. Une menace que la gendarmerie ne peut neutraliser !

© Gend F. Garcia

Malgré une visibilité très réduite, les gendarmes poursuivent leur mission et redoublent de vigilance, car l'heure du départ approche. Initialement prévu à 13h02, ce dernier est repoussé à 13h20. On parle également d'un départ à 15h40, avant de revenir sur 14 h... Le temps est incertain et les conditions météorologiques à venir sont difficiles à évaluer. Du côté de la gendarmerie, les militaires sont prêts à durer. Finalement, le top départ sera prononcé à 14 h 20.

Prémonition ou simple coïncidence, le brouillard disparaît quelques dizaines de minutes avant l'heure. Les IMOCA se placent dans la sas de départ. Patrouilleur, vedettes et semi-rigides de la gendarmerie et ensemble des moyens partenaires forment une bulle autour de la zone, afin que rien ne vienne troubler ce moment attendu depuis maintenant quatre ans ! 14 h 18 … 14 h 19 … 14 h 20 : top départ ! Sous les fumées tricolores lâchées par la Patrouille de France, les navigateurs s'élancent. Les gendarmes maritimes et nautiques les suivent à distance. La mission n'est pas terminée tant que les skippers ne se sont pas complètement éloignés de la côte.

© Gend F. Garcia

À 15h , les militaires lèvent l'ancre ! Au large, les IMOCA ne sont presque plus visibles, il est temps pour les gendarmes maritimes et nautiques de rejoindre leur port. La mission est un succès, aucun incident ne s'est produit.


© ADC Jean-Félix Jounel

Ce dimanche 8 novembre, le dispositif en trois dimensions mis en place par la gendarmerie a été efficace, démontrant la capacité de la gendarmerie à mobiliser et à coordonner l'ensemble de ses forces complémentaires. Gendarmes aériens, maritimes, départementaux, mobiles et réservistes ont agi de concert pour sécuriser une zone complexe et assurer le bon déroulé de la manifestation. Désormais, la réussite de l’événement est entre les mains des skippers. Bon vent à eux !