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Montluçon : un cercle mixte engagé dans le développement durable

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃6 min.
© GEND/SIRPA/F.GARCIA

Connu comme étant le plus gros cercle mixte de la gendarmerie nationale, le cercle de l’école de Montluçon génère automatiquement une importante quantité de déchets. Une réflexion a donc été entamée dès 2015 pour recycler, dans un premier temps, les déchets organiques, mais aussi, par la suite, la plupart des déchets produits dans l’école. Le système abouti constitue aujourd’hui un véritable modèle en gendarmerie.

Honoré d’arriver à la tête du plus important cercle mixte de l’Institution il y a quelques années, le major Christophe C. perçoit néanmoins très vite une réelle problématique : « Nous étions fiers de parvenir à alimenter onze compagnies chaque jour (NDLR : l’équivalent de 1 320 élèves), mais c’était une vitrine, et les coulisses étaient beaucoup moins reluisantes ! » Gaspillage alimentaire, coûts importants d’évacuation des déchets, apparition de nuisibles, à ses yeux, il est urgent de réagir. « On est propriétaire de ses déchets. Or, depuis 2016, le Grenelle de l’environnement prévoit des obligations légales pour les établissements générant plus de 10 tonnes de bio-déchets par an. Au delà de ça, il s’agissait d’aboutir à une structure plus propre et plus économique. »

Trois ans de réflexion

En 2014, le cercle produit pas moins de 80 tonnes de déchets organiques. Dès lors, le major et ses équipes entament un long travail de fourmis durant trois ans. Il s’agit notamment de répertorier les différents types de déchets produits, leurs quantités, les coûts d’évacuation et les solutions vertes à envisager.

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Cette dernière phase nécessite réflexion et prospection auprès de nombreux prestataires, afin de permettre un recyclage, une revalorisation, un réemploi, voire la suppression nette du déchet. En effet, avant d’imaginer une nouvelle vie pour ces détritus, les personnels du cercle réfléchissent à comment changer certaines mauvaises habitudes pour réduire leur volume.

La réduction des déchets alimentaires

La restauration s’avérant être l’une des principales activités du cercle mixte, il convient avant tout d’éviter le gaspillage alimentaire. Pour ce faire, le délai alloué pour servir une compagnie est réduit à 8 minutes, afin que les élèves disposent d’un temps de repas suffisant. L'installation, dans les entrées du cercle, d'écrans d’information diffusant les menus, permet de gagner de précieuses minutes. Les volumes de production sont aussi étudiés pour éviter un surplus de plats et les rares excédents sont distribués aux équipes le soir.

Les cuisiniers repèrent également des produits plus sujets au gaspillage. Les frites restant de mise le mercredi, un prototype de pompe est acquis pour filtrer l’huile vidangée, afin qu’elle puisse être réutilisée sur deux fritures supplémentaires. Dans un troisième temps, l'huile est récupérée par le prestataire « Allo à l’huile » pour finir en biocarburant. De la même manière, sur les 27 000 litres de lait achetés jusqu'ici chaque année, 1 800 litres sont jetés, avec souvent de nouvelles briques ouvertes par les élèves mais à moitié consommées. Un groupement laitier fournit alors au cercle trois fontaines à lait réfrigérées et alimentées avec des poches de dix litres restant à bonne température, annulant ainsi toute perte.

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Pour les déchets alimentaires restants, le cercle investit dans une machine permettant de procéder à leur déshydratation à travers un bain-marie malaxé. Si le volume est ainsi considérablement réduit (200 kilos au lieu d’une tonne), les coûts et les temps de transport également, avec un enlèvement seulement deux fois par an. La déshydratation permet par ailleurs de transformer les déchets en substrats nutritifs, et donc de les revaloriser pour un retour à la terre via l’épandage.

Deux pôles recyclage au sein de l’école

Après s’être attaqué aux restes alimentaires, le cercle mixte se lance un plus gros défi, celui de gérer le recyclage de l’ensemble des déchets de l’école. Pour cela, il procède à l’inventaire des déchets avec le concours de la société Sodexo, chargée jusqu’ici du traitement des déchets. Il reprend ensuite la main et devient le prestataire de service de l’école, réinvestissant dans le même temps les deux locaux mis à disposition pour le stockage et le conditionnement des déchets. L’activité développement durable voit ainsi le jour au cercle mixte en 2017.

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Les pôles permettent de loger une presse, qui compacte les déchets métalliques pour en faire des pavés cubiques compressés et les revendre ensuite. Toujours dans cette logique, le cercle opte aussi pour de nouveaux conditionnements, comme de gros fûts métalliques pour l’huile au lieu des bidons en plastique achetés auparavant. Les hangars accueillent également une presse à cartons et un compacteur pour les déchets ultimes, permettant de réduire leur volume et de limiter les transports pour l’évacuation.

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D’autres déchets y sont stockés pour du réemploi, comme les cagettes récupérées par des maraîchers locaux ou le bois brûlé lors des bivouacs. Si les pneus et les toners font l’objet d’un contrat gendarmerie, le cercle a négocié afin que certains déchets restants, comme le plastique ou le verre, soient repris gracieusement par le syndicat intercommunal. Pour autant, le cercle cherche encore à réduire le volume de ces derniers. Le comptoir des ventes a, par exemple, proposé aux élèves des gourdes à prix coûtant pour éviter l’accumulation de bouteilles. De même, alors que la consommation annuelle de sacs-poubelle représentait environ dix hectares de plastique, ceux-ci ont été remplacés par des bidons hermétiques, vidés et lessivés régulièrement.

Un modèle environnemental

Si l’achat de certaines machines a représenté un investissement conséquent, le système mis en place par le cercle s’est vite révélé très performant. 240 tonnes de déchets ont été traitées en 2017 et 171 tonnes en 2020, dont plus de 67 % ont pu être revalorisés. En outre, l'école économise dorénavant la moitié de son budget en la matière, sans parler des bénéfices effectués grâce à la revente de l'aluminium ou du biocarburant. La majorité des déchets n'étant plus stockée mais revalorisée, le pôle demeure un espace propre et comprend même un récupérateur d'eau pour son entretien.

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Si des travailleurs handicapés ont été employés par le cercle pour opérer certaines tâches, c'est aussi un exemple social, puisque toute l'école participe à leurs côtés à cette activité de développement durable. Dans chaque compagnie, deux élèves sont désignés référents pour veiller au bon fonctionnement du système. Des containers pour le tri sélectif ont été installés dans chaque bâtiment et, chaque semaine, à tour de rôle, les élèves les récupèrent par wagonnets pour les transporter jusqu'aux pôles recyclage.

Premier cercle mixte primé pour cette initiative lors des Ateliers de performance en 2019, le système de traitement des déchets de l'école de Montluçon est à présent érigé comme un modèle au sein de l'Institution et fait régulièrement l'objet de présentations à des entités extérieures, mais aussi au public lors des journées du patrimoine.