Immersion

Protection du territoire au pied des montagnes savoyardes

Auteur : la capitaine Marine Rabasté - publié le
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© Gend F. Garcia

Dans le cadre du renforcement de la protection du territoire, les militaires de la communauté de brigades du Pont-de-Beauvoisin et du peloton autoroute de Nances-Chambéry ont mené, lundi 23 novembre, un contrôle d’envergure à l’entrée du département de la Savoie.

Au pied de la chaîne de l'Épine, en Savoie, le bleu semble être la couleur dominante du paysage ce lundi 23 novembre. Sous un ciel d’azur, au bord du lac d'Aiguebelette, une vingtaine de gendarmes sont présents pour contrôler les flux entrant et sortant du département. Ces contrôles s’inscrivent dans la lignée des directives gouvernementales en matière de sécurité. Face à une menace terroriste prégnante ces dernières semaines, le renforcement de la protection du territoire est devenu une priorité nationale. Depuis début novembre, l’ensemble de la gendarmerie a de fait affermi son engagement dans la lutte contre l’immigration irrégulière et clandestine et multiplie les contrôles des flux, aux frontières et dans la profondeur, tout en maintenant sa mobilisation dans la lutte contre la propagation de la COVID-19. Les gendarmes de la Communauté de brigades (CoB) du Pont-de-Beauvoisin et du Peloton autoroute (P.A.) de Nances-Chambéry ne font pas exception et poursuivent leur mobilisation renforcée par la mise en place de dispositifs de contrôle à des points stratégiques de leur territoire.

La coordination des forces

Dès 15 heures, dix militaires de la CoB du Pont-de-Beauvoisin et huit du P.A. de Nances-Chambéry sont présents à hauteur de la barrière de péage d’Aiguebelette, au niveau de l’autoroute A43. Les premiers gèrent le flux sortant du département, tandis que les seconds tiennent la sortie de l’autoroute. Avec un tel agencement des forces, les militaires sont en mesure de contrôler entièrement la zone, assurant ainsi l’efficacité du dispositif. Ce point de contrôle n'est pas choisi au hasard. Le lieutenant Julien, commandant la CoB, et le major Thierry, commandant le P.A., connaissent parfaitement leur circonscription et savent qu'il s'agit d'un axe majeur, permettant de rejoindre, dans un sens, Lyon et, dans l’autre, l'ensemble des grosses agglomérations de Savoie. Les mesures de confinement n’ont pas éradiqué toute la circulation. En deux heures, de nombreux véhicules passent la barrière de péage. Quelques personnes circulent également à bord des cars en provenance de la gare de Chambéry. Leurs identités et leurs attestations sont également vérifiées à bord par deux motocyclistes du P.A. Les gendarmes sont vigilants et veillent à contrôler l’ensemble des vecteurs de délinquance.

Des réservistes en renfort

Sur le terrain, quatre réservistes sont présents pour appuyer les militaires d'active dans les missions de lutte contre la propagation du virus et de protection du territoire. Leur emploi n’est pas subordonné à l’organisation de l’opération car, chaque jour, 4 à 5 réservistes sont mobilisés au profit de la CoB du Pont-de-Beauvoisin. Au sein du département, l’engagement de la réserve opérationnelle est constant et constitue une ressource essentielle. Cela permet même, parfois, d'apporter des compétences diversifiées et précises sur certaines missions. Sur l’opération du jour, le gendarme Jérémie, 32 ans, en est le parfait exemple. « Dans la vie de tous les jours, je suis policier aux frontières, à Modane. Je connais donc bien la mission de lutte contre l'immigration irrégulière et clandestine. Je peux détecter des faux papiers grâce à ma connaissance des différents points de contrôle sur les papiers d'identité », indique le réserviste, dont l’œil est rodé à l'exercice. Cette connaissance particulière est un atout pour le département, exposé aux problématiques d’immigration irrégulière et clandestine.

© SIRPA/Gend F. Garcia

Lutte contre l'immigration irrégulière

Il n’est pas rare que, lors des contrôles, les militaires se retrouvent en présence d’Étrangers en situation irrégulière (ESI). Ce jour-là, avant l’entrée de l’autoroute A43, vers 16 heures, un ressortissant étranger n’est pas en mesure de justifier de la régularité de sa présence en France. Le contrôle de son identité montre qu’il a fait l’objet d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Pour les gendarmes, il est impératif de vérifier sa situation auprès de la Police aux frontières (PAF) et de la préfecture, car s’il a effectivement quitté le territoire puis est revenu, il peut ne pas être en situation irrégulière. Quelques minutes plus tard, la réponse est donnée : l’individu est en phase de régularisation. Ayant un travail, il n’est pas en situation irrégulière. Fausse alerte donc ! Mais ce ne sera pas le cas quelques dizaines de minutes plus tard, avec un second conducteur. L’individu dit avoir quitté le territoire après une première OQTF, notifiée en 2019, et être revenu en France il y a un mois. Dans l’impossibilité de remettre un justificatif, il est placé en retenue administrative, dans le but de vérifier ses dires. Après vérification et au vu de l’irrégularité de sa situation, il se voit notifier une nouvelle OQTF.

Lors de cette opération, le lieutenant Julien et ses militaires n’ont été confrontés qu’à des cas isolés d’ESI, avérés ou potentiels. Mais l’entrée en France peut également faire l’objet d’un véritable trafic organisé. Deux semaines auparavant, les militaires de l’Escadron départemental de sécurité routière (EDSR) ont en effet contrôlé un passeur avec quatre ESI, au passage d’un péage. La présence renforcée des gendarmes sur les axes de circulation dans la profondeur du territoire est donc nécessaire pour y mettre un frein.

© SIRPA/Gend F. Garcia

Une manœuvre étendue à l’ensemble du département

À l’instar de la CoB du Pont-de-Beauvoisin et du P.A. de Nances-Chambéry, toutes les unités du département sont engagées dans le renforcement de la protection du territoire, jour et nuit. Depuis le 4 novembre, un escadron de gendarmerie mobile est également présent en Savoie, permettant ainsi de compléter efficacement l’action des 640 gendarmes départementaux qui composent le groupement de gendarmerie départementale de Savoie. « L'objectif est de lutter contre la menace exogène et de prévenir le passage à l'acte d'une menace endogène, explique le colonel Guillaume Chantereau, commandant le groupement. Notre empreinte au sol est actuellement de plus de 200 militaires. Gendarmes départementaux, mobiles et réservistes sont engagés, de jour comme de nuit, pour veiller à la protection du territoire. »