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QRR du Nord-Isère : des moyens supplémentaires pour une montée en puissance de la gendarmerie

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© SIRPA - Gend. F.Garcia
Créé en 2019, le Quartier de reconquête républicaine (QRR) Nord-Isère se compose de trois communes (L’Isle-d’Abeau, la Verpillière et Villefontaine), concentrant à elles seules une très grande partie de la criminalité et de la délinquance du secteur. Pour aider les gendarmes dans leur lutte contre ces phénomènes, le QRR a été désigné pilote d’un nouveau plan d’action articulé autour des fonctions prévention / partenariat / intervention / investigation / activité / empreinte au sol, et s’appuyant sur des mesures fortes, parmi lesquelles l’augmentation des personnels et des moyens.

Situé à 20 km de Lyon, sur l’axe autoroutier majeur de l’A43, le Quartier de reconquête républicaine (QRR) du Nord-Isère est l’un des quatre QRR de la gendarmerie nationale. Sur ce territoire, composé de villes nouvelles, ayant été créées il y a 30 ans pour soulager les banlieues lyonnaises, le nombre des interventions a connu une hausse de 22 % en 2020. Les principaux faits de délinquance y sont le trafic de stupéfiants, le recel, les troubles à l'ordre public, les vols à main armée et la participation de nombreux individus à d’importants réseaux criminels structurés, organisés et difficiles d’infiltration appartenant au grand banditisme.

Pour couvrir ce secteur de plus de 42 000 habitants, la gendarmerie dispose de trois brigades de 25 à 30 personnels chacune, d’un PSIG Sabre (Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie), implanté à Villefontaine, et d’une Cellule de lutte contre les trafics (CLCT), composée de deux personnes. Des moyens importants et des militaires qui agissent chaque jour sur le terrain pour maintenir le contact avec la population, les élus et les commerçants, tout en luttant contre la criminalité. Pour les soutenir et pour renforcer la politique gouvernementale de « sécurité au quotidien », de nouvelles mesures pilotes ont donc été prises depuis le 1er avril dernier.

Création d’une « task force »

Dans le cadre de ces nouvelles mesures, depuis début avril, le renfort de personnels s’effectue sur tous les fronts. Sur le terrain, au contact direct de la population, les gendarmes bénéficient dorénavant de la présence constante d’un Escadron de gendarmerie mobile (EGM) et d’un contingent de dix réservistes opérationnels, employés quotidiennement. Leur présence va permettre, au cours des prochains mois, d’augmenter le nombre de patrouilles, notamment sur la commune de Villefontaine, où trois sont désormais prévues chaque jour au lieu d'une seule.

Sur le volet des interventions, le PSIG Sabre va lui aussi être consolidé, avec la transformation progressive de sept postes de Gendarmes adjoints volontaires (GAV) en postes de sous-officiers. Une montée en puissance des compétences effective dès l’été 2021.

Parallèlement à cette hausse du nombre de personnels, et pour compléter son action, la gendarmerie a également voulu conduire une riposte judiciaire adaptée. Pour cela, la cellule de lutte contre les trafics, qui comprenait auparavant deux personnels, a été renforcée, avec l’arrivée de deux nouveaux effectifs.

Une « task force judiciaire », grande nouveauté de ces mesures, a également été créée. Comprenant douze militaires, elle a vocation à devenir, à la fin de l’été 2022, une antenne à part entière de la Section de recherches (S.R.) de Grenoble.

© SIRPA - Gend. F.Garcia

Plus de véhicules et plus de matériels

Cette montée en puissance des effectifs s’accompagne également de nouveaux moyens matériels. Le parc automobile, qui comme dans de nombreuses autres brigades de France est vieillissant, va être renouvelé de moitié. Un plan spécifique d’amélioration de la protection de toutes les casernes du QRR est également engagé, ainsi que le déploiement progressif de 75 caméras piéton.

Concernant la protection des personnels qui vont au contact direct de la population lors de patrouilles du quotidien, mais également lors d’interventions plus complexes, des dotations vont également être faites. Elles seront composées de casques pare-coups, de jambières, de gilets tactiques avec épaulières. Des dotations en équipements lourds vont aussi être fournies aux unités, avec des gilets pare-balles, des boucliers et des casques avec écran pare-balles.


© SIRPA - V. Martin

La proximité au cœur du travail en QRR

L’objectif premier de ce nouveau plan de déploiement de matériels et d’effectifs vise avant tout à renforcer la politique de proximité avec la population, appliquée sur le QRR depuis de nombreuses années. Un contact qui va s'accroître aux abords des écoles, et dont la dimension pédestre a une vraie importance pour le commandant de la compagnie de Bourgoin-Jallieu, le chef d’escadron Sylvain, à la tête des trois brigades du QRR. « La proximité passe d’abord par une présence sur la voie publique, et cela ne veut pas dire passer en voiture. Cela signifie descendre de son véhicule et aller à pied à la rencontre des groupes de jeunes. Pour les patrouilles, cela ne se fait pas forcément seuls. Les militaires peuvent aussi être accompagnés de la police municipale ou des bailleurs sociaux. »

Les policiers municipaux, avec lesquels la gendarmerie réalise souvent des patrouilles mixtes, ou les bailleurs sociaux, sont, avec les élus, les commerçants et les associations, des acteurs majeurs de la sécurité du quotidien. Travaillant sur le QRR en collaboration étroite avec la gendarmerie, ils apportent une aide précieuse sur l’identification des individus, la résolution de conflits et l’éducation des jeunes. « À l'Isle-d'Abeau, par exemple, nous avons des réunions tous les 15 jours avec l’adjointe à la sécurité et avec la police municipale », indique le chef d’escadron.

En 2019, le lancement du Dispositif de gestion des événements (DGE) sur l’ensemble du département a grandement facilité la présence de la gendarmerie sur la voie publique. « Auparavant, les premiers à marcher étaient chargés de la surveillance et des interventions, mais au final, ils ne géraient que les interventions. Aujourd’hui, le DGE permet de dégager des effectifs pouvant se concentrer uniquement  sur la présence sur la voie publique ou le contact avec les commerçants et les élus », indique l’officier, avant de poursuivre : « Nous devons adapter nos services à la réalité. Là où généralement la gendarmerie sort en 14h-18h ou 14h-19h, nous sommes plutôt en 17h-21h, 17h-22h, parce que c’est à ce moment-là que les jeunes se réunissent en bas des immeubles et se confrontent aux habitants qui travaillent toute la journée et que les tensions se cristallisent. »

Dans ce quartier, que tous préfèrent nommer, non pas de reconquête mais de maintien républicain, ces nouvelles mesures, additionnées à une stratégie déjà bien aboutie, devraient permettre d’inverser la tendance, en fragilisant les points de deals et en envoyant un message fort, celui que la gendarmerie sera toujours là, contre la délinquance, pour la population.