Immersion

Quand les gendarmes s’entraînent à survivre à un crash en mer !

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
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Sur la Base de l’aéronautique navale (BAN) de Lanvéoc-Poulmic (29), la Marine nationale accueille d’autres forces armées, et notamment la gendarmerie, au Centre d'entraînement à la survie et au sauvetage de l'aéronautique navale (CESSAN). Tous les moyens y sont réunis pour simuler un crash d’aéronef en mer, afin de former et préparer les militaires aux gestes qui pourraient, un jour, leur sauver la vie.

Cela pourrait s’apparenter à une bande-annonce de Koh Lanta : ils sont douze, tous réunis sur « la presqu’île du bout du monde » (Crozon dans le département du Finistère), et s’apprêtent à vivre une expérience hors du commun. Issus des Forces aériennes de la gendarmerie nationale (FAGN) et arrivant de toute la France, ils se sont portés volontaires, en tant que pilotes ou mécaniciens de bord, pour participer à ce stage de survie proposé par la Marine nationale.

Pour se mettre dans le bain

Arrivés la veille sur cette BAN de Lanvéoc-Poulmic, ils débutent le matin par une présentation du stage et de son contenu, puis suivent différentes conférences (médicales, survie en mer, etc.), avant d’entrer dans le vif du sujet avec le second maître Grégory, responsable du stage. Dans des conditions difficiles, proches du réel, ils vont devoir s’évacuer rapidement d’une cabine immergée et se servir des équipements de secours qu’ils auront à disposition (gilet de sauvetage, kit de survie, embarcation, etc.), en attendant d’être secourus par hélitreuillage. Dans la salle de cours, la tension est déjà palpable parmi les stagiaires. Un médecin intervient également pour donner ses dernières recommandations et insister sur l’importance de la manœuvre de Valsalva (se pincer le nez et souffler pour équilibrer la pression au niveau des oreilles). Après avoir revêtu leurs combinaisons de vol et leurs casques, les douze stagiaires se retrouvent au bord d’un bassin pas comme les autres.

Depuis dix ans, le CESSAN met en œuvre différents simulateurs d’immersion (cabines), installés par le constructeur/concepteur canadien Survival systems limited (SSL). Selon la provenance des stagiaires, les exercices pratiques de simulation de crash peuvent ainsi s’opérer à partir d’une reproduction de cockpit d’avion de chasse, d’un hélicoptère Tigre ou d’une cabine modulable se rapprochant davantage des hélicoptères de la gendarmerie (Écureuil, EC145 ou EC135). Afin de reproduire des conditions météorologiques dégradées, le centre est également sonorisé, équipé de plusieurs ventilateurs (souffleurs), ainsi que d’une rampe de pulvérisation pour la pluie. Le spectacle son et lumière peut commencer !

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Avant d’immerger les stagiaires harnachés dans la cabine, les formateurs veulent s’assurer de leur bonne condition physique et observer leur comportement dans l’eau. « Ce ne sont pas forcément les plus à l’aise dans l’eau qui s’en sortent le mieux, mais ceux qui savent gérer leur stress », explique Grégory. Les gendarmes doivent réaliser un parcours assez intense dans le bassin. Après avoir nagé sur 15 mètres en apnée, ils vont braver la tempête et les vagues pour rejoindre l’instructeur situé à l’autre extrémité du bassin, à proximité d’une bouée. Ils déclenchent alors leur gilet de sauvetage à une immersion de 1,5 m et sont tenus de nager sur le dos pour faire le tour du grand bassin, avant de sortir par une échelle. Après cette belle entrée en matière, les stagiaires se rééquipent et s’approprient les dernières explications et consignes, avant d’affronter leur pire cauchemar.

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Pas de panique à bord

Réalisant tour à tour l’exercice en binôme, ils sont accompagnés de deux instructeurs en cabine et restent entourés par des plongeurs prêts à intervenir dans le bassin. Leur harnais verrouillé et le cordon radio du casque branché, ils ont à peine le temps de prendre leur inspiration qu’une alarme retentit : les voilà prisonniers au fond du bassin.


© GENDARMERIE/SIRPA/E.VIVES

Contrairement aux réflexes naturels, il s’agit alors de créer son ouverture avant de se détacher. Ayant repéré l’issue de secours la plus proche (hublot, porte), les stagiaires appliquent les consignes pour l’éjecter. Gardant alors une main en référence, ils se détachent avec l’autre et s’extirpent de la cabine en privilégiant des mouvements de bras. Après s’être écartés de l’habitacle immergé, ils doivent percuter leur gilet de sauvetage, puis, arrivés à la surface, il est temps de reprendre une bouffée d’air. Mais ce n’est pas fini. Chaque binôme va devoir confirmer l’essai encore trois fois, dans des conditions de plus en plus difficiles : la cabine sera d’abord immergée à l’envers, puis dans la pénombre, et enfin dans le noir. « C’est particulier, mais très instructif. La première immersion est très impressionnante et s’agissant des suivantes, il faut juste bien garder ses repères », reconnaît Renaud.

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La répétition de l’exercice permet également aux stagiaires de bien s’imprégner des actes réflexes. « Le cerveau imprime et cela revient vite, je pense, en cas d’accident », note Julien. Un autre stagiaire, Frédéric, confirme : « C’est la deuxième fois que je viens. J’avais un ami dans l’ALAT (NDLR : Aviation Légère de l’Armée de Terre) qui est décédé dans un crash en mer, donc ce sujet me touche particulièrement. Il n’avait pas suivi cette formation, contrairement au mécanicien navigant qui s’est souvenu des gestes… Ça lui a sauvé la vie ! »

Exercice d’évacuation à flot

S’il est probable que l’aéronef s’immerge directement dans l’eau en cas d’accident, il n’est pas exclu qu’il puisse amerrir et demeurer quelques instants à la surface, grâce aux retardateurs d’immersion (ballons de flottabilité). Les stagiaires sont donc aussi entraînés à cette hypothèse, qui nécessite organisation et cohésion pour garantir la survie de tous. La cabine semi-immergée, dans des conditions apocalyptiques, il s’agit pour le groupe d’évacuer de manière ordonnée, avec tout le matériel de survie et en n’oubliant personne à l’intérieur. Tous doivent déclencher leur gilet de sauvetage dès la sortie de la cabine, un débris ou une vague pouvant les heurter, les blesser et entraîner le pire (noyade par exemple). Ne lâchant jamais la ligne de vie qui les relie, les rescapés rejoignent progressivement l’embarcation collective (ou canot) et tentent, tant bien que mal, de se hisser à bord. Le premier à monter dans l’embarcation doit en gonfler le fond et jeter l’ancre à l’eau, afin de limiter les effets de la dérive. Il peut également se munir de son sifflet pour orienter les autres jusqu’à lui. Il s’agit ensuite d’organiser la survie du groupe en se répartissant les tâches : lancer une première fusée de détresse, écoper, filtrer l’eau salée pour boire, se servir du miroir héliographique pour envoyer des signaux lumineux, etc.

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Par chance, au CESSAN, les secours ne tardent pas à arriver, puisqu’une plateforme placée au-dessus du bassin permet d’extraire les stagiaires en simulant leur hélitreuillage. Un plongeur d’hélicoptère descend au treuil dans le canot, afin de passer une sangle aux naufragés, malgré le déchaînement des éléments, avant de les remonter un à un jusqu’à la plateforme. À la fin de cet exercice, les stagiaires sont épuisés mais enthousiastes : « Cette fois-ci, c’est un travail d’équipe : à chaque étape, on se recompte entre nous, on doit s’entraider pour monter dans le canot avec les gilets de sauvetage gonflés, puis se répartir les missions… C’était très réaliste ! » Grâce à la Marine nationale, les voilà fin prêts à affronter les missions les plus périlleuses.