Immersion

Rendez-vous au sommet de la Savoie avec le PGHM de Modane

Auteur : La capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃4 min.
© SIRPA/Gend.F.Garcia

Engagés dans le renforcement de la protection du territoire, les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne de Modane arpentent les montagnes savoyardes afin de lutter contre l’immigration irrégulière et clandestine à la frontière italienne. Focus sur la mission de cette unité spécialisée.

Des skieurs descendant les pistes à toute allure depuis les sommets enneigés, des télésièges pleins à craquer, l’odeur du vin chaud… Ce ne sera malheureusement pas au programme de cette fin d’année 2020. Mais l’activité du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Modane se poursuit malgré tout. Depuis les annonces présidentielles concernant le renforcement de la protection du territoire, les quatorze militaires qui composent l’unité sont également mobilisés dans la lutte contre l’immigration irrégulière et clandestine. Leur emploi s’inscrit dans une manœuvre globale dirigée par le groupement de gendarmerie départementale de Savoie dont ils dépendent. De cette manière, l’ensemble du département, de la frontière italienne à l’Isère et à l’Ain, est couvert par les gendarmes. Côté Italie, les cols savoyards sont en effet fréquemment utilisés par les migrants et les passeurs pour rejoindre la France. Mais ces périples sont dangereux, même en l’absence de neige. Les routes sont escarpées, la nuit tombe rapidement et les températures chutent vite. Le passage de migrants par ces itinéraires est une problématique réelle, en matière d’ordre public mais aussi du point de vue de la sécurité des personnes. La présence des gendarmes du PGHM de Modane répond donc à une nécessité pour renforcer la protection des frontières. Immersion à 2 500 mètres d’altitude le temps d’un après-midi.

Un œil vigilant sur les frontières

Depuis le début du mois de novembre, les gendarmes du PGHM de Modane ont intensifié leurs missions de surveillance à la frontière italienne. « Le but est d’exercer une présence dissuasive pour endiguer le flux migratoire », précise le capitaine Fabrice, commandant l’unité. À quelque 2 000 mètres d’altitude, les militaires contrôlent les frontières au niveau des différents cols. L’accès à ces hauteurs nécessite l’emploi de moyens particuliers, en fonction des conditions climatiques : 4X4, skis de randonnée…

© SIRPA/Gend.F.Garcia

Mardi 24 novembre, la route est dégagée. La neige n’est pas encore tombée et il est possible de monter à 2 000 m d’altitude avec le 4x4 de l’unité. Mais pour se rendre jusqu’à la frontière, les trois militaires doivent poursuivre leur ascension à pied. Le chemin jusqu’au col du Fréjus n’a pas de secret pour eux. De là-haut, on peut apercevoir Bardonecchia, ville italienne par laquelle passent les migrants avant d’arriver en France. Depuis le début du renforcement de la lutte contre l’immigration irrégulière et clandestine, les gendarmes du PGHM n’ont pas croisé grand monde dans les montagnes. Ni migrants, ni réfractaires au confinement. Mais ce jour-là, au loin, sur la frontière même, un homme est présent. Les trois militaires se dirigent alors dans sa direction pour procéder à son contrôle.

© SIRPA/Gend.F.Garcia

L’individu, originaire de la région parisienne, affirme faire du télétravail dans le secteur et avoir eu besoin de prendre l’air. Même à 2 500 mètres d’altitude, les gendarmes sont en mesure de vérifier son identité grâce au téléphone NÉOGEND. Rien d’anormal aux fichiers, mais l’individu reste en infraction par rapport aux mesures de lutte contre la propagation du virus.

© SIRPA/Gend.F.Garcia

Avant de le quitter, les militaires le mettent en garde, car s’il ne rentre pas rapidement, il risque de se faire rattraper par la nuit. Cela fait également partie de leurs missions : prévenir les randonneurs des dangers de la montagne et des risques qu’ils encourent !

Poursuite des missions traditionnelles

Parallèlement à leur engagement dans le renforcement de la protection du territoire, les militaires du PGHM de Modane poursuivent leurs missions quotidiennes, malgré le contexte sanitaire actuel.

« Notre cœur de métier, c’est le secours, l’assistance et la recherche de personnes en haute montagne mais, sur le plan judiciaire, nous traitons également les enquêtes dès que cela présente un caractère relatif à la montagne », explique le capitaine Fabrice. Par ailleurs, les gendarmes doivent également continuer de s’entraîner, afin de se maintenir en condition opérationnelle. Avec la surveillance des cols, les exercices avalanches, d’évacuation de télésiège, de secours dans une crevasse ou encore sur des parois, leurs semaines sont bien remplies. Sans compter les permanences secours, qu’ils assurent au pied de l’hélicoptère du Détachement aérien de gendarmerie (DAG) de Modane, une semaine sur deux.

Les patrouilles quotidiennes sont également l’occasion pour les gendarmes du PGHM de prendre contact avec la population, notamment en échangeant avec les professionnels du milieu montagnard, afin de prendre connaissance des problématiques rencontrées. Par exemple, entre le col du Fréjus et le village de Valfréjus, le hameau de Fontaine-Froide héberge encore une habitante ! Seule au milieu des montagnes, loin de l’agitation de la crise sanitaire, Anne-Laure attend l’arrivée de la neige pour redescendre passer l’hiver dans la vallée. En attendant, les gendarmes du PGHM s’assurent que tout se passe bien pour elle !

© SIRPA/Gend.F.Garcia