Immersion

Une matinée sur l’eau avec le peloton de sûreté maritime et portuaire de Marseille

Auteur : la capitaine Sophie Bernard - publié le
Temps de lecture: ≃7 min.
© MININT/DICOM/F.BALSAMO

Connu pour être le plus grand port de France, le port de Marseille génère durant l’année un gigantesque trafic de passagers et de marchandises. En lien avec le bataillon de marins-pompiers de Marseille, le Peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) veille au quotidien à la sécurité de ce site d’importance vitale.

 

Il est six heures du matin, lorsque les gendarmes du Peloton de sûreté maritime et portuaire (PSMP) de Marseille quittent le Vieux-Port à bord de leur semi-rigide. Alors qu’il fait encore nuit, l’embarcation file sur l’eau rejoindre, comme chaque semaine, les premiers ferries atteignant la côte. L’objectif ? Sécuriser les navires avant qu’ils n’entrent dans le plus grand port de France !

À l’abordage !

À six kilomètres du littoral, dans le crépuscule du matin, la silhouette d’un Corsica Linéa surgit à l’horizon. Par liaison radio, le pilote du PSMP demande au commandant du navire l’autorisation de monter à bord, qu’il obtient sans difficulté. « Les compagnies maritimes sont plus que coopérantes pour ce type d’opération. C’est un gage de sécurité auprès de leurs clients, donc elles n’hésitent pas à collaborer. Ces opérations se font pendant l’approche du navire, afin de ne pas gêner les opérations commerciales », explique le capitaine Frédéric C., commandant le PSMP. Arrive alors la phase la plus délicate de l’opération : monter à bord du ferry qui continue sa course.

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Le semi-rigide s’engouffre dans son sillage. À bâbord, il s’approche de la coque, qui s’élève à plus de 20 mètres de haut, et maintient une vitesse de 10 à 15 nœuds, pour venir se caler juste en dessous d’une échelle de corde. Il s’agit alors d’être bien réveillé pour se hisser jusque dans la cale du navire. « Il y a eu un accident il y a quelques mois, quand un gendarme a glissé en montant à bord. Nous avons eu une grosse frayeur, car le risque est réel entre les courants et les hélices du ferry ! Heureusement, toute l’équipe a été réactive et a pu le repêcher 500 mètres plus loin », raconte le capitaine.

Une traversée en toute sécurité

Aucun incident à déplorer ce matin pour les cinq gendarmes, qui grimpent chacun leur tour. Après avoir sécurisé la passerelle, les militaires s’assurent que le pilote de port peut à son tour monter à bord sans difficulté. Ce dernier va pouvoir guider le capitaine à l’intérieur du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Pendant ce temps, les gendarmes s’activent dans les coursives et sur les ponts garages du ferry, à la recherche d’éventuelles traces d’explosifs, de stupéfiants ou de tout trafic illicite. « Pour cette opération, nous avons régulièrement recours à l’équipe cynophile du PSMP. Nous pouvons également faire appel à l’hélicoptère pour un treuillage directement sur la passerelle, en cas d’urgence ou de mauvaise mer », explique le capitaine. En effet, au-delà de ces contrôles d’initiative, les commandants de bord peuvent à tout moment demander au PSMP d’intervenir, notamment s’ils remarquent des passagers au comportement suspect. Car bien que les ferries ne transportent que quelques centaines de passagers durant la crise sanitaire, contre près de 2 000 habituellement, le risque d’attentat terroriste reste bien réel.

Une fois le ferry arrivé à quai, la mission du PSMP n’est pas terminée. Les gendarmes s’assurent en effet que le débarquement des passagers s’effectue en toute sécurité. « En haute saison, il n’est pas rare que des passagers s’énervent entre eux et que chacun veuille sortir en premier avec son véhicule, créant ainsi un bouchon », explique un agent de la compagnie. Aujourd’hui, les passagers sont peu nombreux, du fait du confinement, et le débarquement se déroule sans encombre.

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Les ferries ne sont par les seules embarcations à faire l’objet d’un contrôle de la part du PSMP. En moyenne et haute saisons, des équipes de sécurisation de navettes à passagers (ESNAP) sont constituées pour s’assurer que les liaisons entre le Vieux-Port, l’Estaque, la Pointe-Rouge et les Goudes, mais aussi celles vers les îles d'If et du Frioul, se déroulent sans accroc. « Durant l’été, ces navettes transportent jusqu’à 200 passagers par rotation. Au-delà des risques d’attentats, nous prévenons les risques de troubles à l’ordre public, notamment sur les liaisons retour. En effet, il n’est pas rare que les clients se soient alcoolisés sur la plage et que les esprits s’échauffent au moment de repartir, par exemple à cause des places limitées sur le bateau », décrit le capitaine. Aussi, la saison touristique n’a pas encore commencé, que le PSMP s’assure déjà qu’il n’y a pas l’ombre d’un incident sur ces liaisons.

Dans l’antre des navires de marchandises

Au-delà du transport de presque 2 millions de passagers chaque année, les gendarmes du PSMP s’intéressent aussi aux navires de charge transitant par le port de Marseille, avec près de 80 millions de tonnes de marchandises par an. Ils peuvent agir seuls ou en partenariat avec la douane, d’initiative ou sur ordre de la Direction du renseignement militaire (DRM), qui aurait eu des informations compromettantes s’agissant d’un navire. À l’image des ferries, les militaires demandent au préalable l’autorisation du commandant pour monter à bord. « Celui-ci n’a aucun intérêt à refuser notre intervention, puisque cela ne ferait que renforcer les soupçons s’agissant de son navire », souligne le capitaine.

Ukrainiens, Philippins, Algériens et bien d’autres nationalités défilent dans le port, voire cohabitent dans un même navire. Il s’agit alors de se faire comprendre pour contrôler à la fois les documents administratifs, mais aussi les moindres recoins du bâtiment, en étant toujours accompagné d’un des marins. Le commandant de bord est invité à présenter les documents liés à la sûreté maritime et portuaire, les passeports et livrets du marin de tout l’équipage, mais aussi les documents concernant le fret transporté et le registre récapitulant les différents ports par lesquels le navire est passé.

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Pendant ce temps, le reste du peloton explore les parties communes, notamment la salle des machines, les cuisines, la proue du bateau ou encore les différents étages abritant les conteneurs. Une conduite d’aération, une grille d’évacuation, un rayonnage de chambre froide, il existe autant de caches possibles sur un navire pour s’adonner à des trafics illicites (stupéfiants, armes, médicaments, voire trafic d’êtres humains ou transport de migrants). La tâche est colossale, mais l’équipe cynophile et l’expérience aident à repérer d’éventuels indices. « Par exemple, des boulons propres ou à peine resserrés peuvent laisser penser qu’une plaque est régulièrement manipulée », fait remarquer le major Benoît P., adjoint au capitaine.

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Alors que leurs camarades s’attellent à fouiller l’intérieur, une équipe de plongeurs du PSMP examine également l’ensemble de la coque (hélices, safran, points d’attache, grilles d’évacuation, propulseurs d’étrave, etc.), sous le regard attentif du surveillant sécurité plongeur. « Des dispositifs de cache contenant des stupéfiants ont pu être soudés à la coque sans même que le propriétaire du navire ne s’en aperçoive », explique Benoît. L’un des plongeurs atteste : « Nous avons déjà trouvé des stupéfiants dans les chambres immergées. Nous avons aussi repéré une demi-torpille vide soudée à la coque, qui a servi ensuite à transporter de la drogue. » En dehors des saisies, ce type de repérage fait en effet l’objet d’une fiche de signalement, qui permettra d’alerter toutes les administrations internationales.

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Après 45 minutes passées dans l’eau, les plongeurs terminent par le quai. « Le bateau peut se mettre en phase de manœuvre et des choses peuvent être larguées le long du quai avec un bout, avant d’être récupérées plus tard, indépendamment du bateau », explique le plongeur. Rien à signaler cette fois-ci. Il est midi lorsque le PSMP rentre à l’unité rédiger son procès-verbal de renseignement s’agissant de ce navire, avant de s’accorder enfin une pause bien méritée !