Immersion

Envol vers la Guadeloupe avec le général Vincent Lamballe (2/2)

Auteur : capitaine Marine Rabasté - publié le
Temps de lecture: ≃5 min.
© GND G.Leclercq

Au mois de novembre 2021, la Guadeloupe a été fortement touchée par des troubles à l’ordre public, faisant suite à la mise en place des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid. Le général Vincent Lamballe revient sur la gestion de la crise et la montée en puissance des moyens.

« L’ordre public est déjà un sujet quotidien en Guadeloupe. Il y a une forme de culture de la revendication, qui se traduit souvent par un phénomène de blocage », explique le général Vincent Lamballe, commandant le COMGEND. De manière générale, la gestion de l’ordre public guadeloupéen n’est pas violente, mais il s’agit surtout de rapports de force. Or, le caractère insulaire du territoire augmente les répercussions économiques que peuvent entraîner les blocages de certains points du territoire (aéroport, port). De même, avec peu de grands axes routiers desservant le « papillon », les deux principales îles de l’archipel peuvent rapidement être bloquées par des barrages. « Le maintien et le rétablissement de l’ordre public sont un réel problème, car ils concentrent beaucoup de moyens et d’efforts. » La crise qui a touché la Guadeloupe en novembre et décembre 2021 l’a prouvé.

De la crise sanitaire…

À l’instar de la métropole, la Guadeloupe subit de plein fouet la crise sanitaire dès mars 2020. Confinement, couvre-feu, fermetures d’établissements s’enchaînent. La quatrième vague, en août-septembre 2021, est la plus meurtrière. Fortement impacté par la propagation du virus, l’archipel n’est alors plus en mesure d’assurer seul l’accès aux soins. Face aux mesures prises par l’État, des tensions apparaissent. Et une part de la population exprime son mécontentement par des manifestations et des blocages. Les mesures sanitaires, bien qu’indispensables, ont également eu un impact réel sur l’économie locale, cristallisant également les tensions sociales.

… à la crise sociale

Pour les Guadeloupéens, le point d’orgue de la crise sanitaire est l’instauration d’un passe sanitaire et de l’obligation vaccinale pour les métiers de santé. Le taux de vaccination demeure alors très faible, beaucoup la refusant. De nombreux mouvements de contestation ont alors eu lieu sur l’ensemble du territoire. « À ce moment-là, on a dû faire face à des phénomènes de blocage des établissements médicaux et de divers autres établissements publics de la part d’anti-vax. Mais ces mouvements étaient souvent le prétexte à tous sujets de revendication, plus larges que le refus de vaccination », indique le général Vincent Lamballe. Lorsque la suspension des soignants non vaccinés est annoncée, la crise sanitaire se transforme alors en crise sociale à caractère insurrectionnel.

L’évolution de la gestion de l’ordre public

Depuis plusieurs mois, les gendarmes départementaux et mobiles sont régulièrement sollicités pour maintenir l’ordre public. « On n’était pas forcément dans la confrontation directe, mais plutôt dans la provocation », indique le commandant du COMGEND. Le 15 novembre marque un tournant et les gendarmes doivent désormais faire face à des violences urbaines d’ampleur et de haute intensité.

© GND G.Leclercq

Dès le premier jour de la crise, des barrages sont érigés sur les différents axes routiers du « papillon », au moyen de pneus, de véhicules renversés, de gros appareils électroménagers et de palettes enflammées. Les gendarmes mobiles qui tentent de les dégager font face à une opposition violente. Trois jours plus tard, la généralisation des barrages bloque toute circulation sur l’île. Débutent également de nombreux pillages. « La priorité était d’abord d’éviter les atteintes aux personnes et aux biens, en mettant fin aux pillages, aux vols et aux dégradations qui avaient lieu la nuit, explique le général. Ensuite, il fallait rétablir la liberté de circulation, notamment pour permettre l’accès aux soins. »

Montée en puissance du dispositif

Dès le 20 novembre, face au nombre de barrages (40 au plus fort de la crise) et à l’intensité des violences, le COMGEND est renforcé, grâce au Dispositif d’intervention augmenté de la gendarmerie (DIAG). Des militaires du GIGN, d’antennes GIGN, d’escadrons de gendarmerie mobiles et des pelotons d’intervention de la garde républicaine en provenance de la métropole sont projetés sur place. Afin de planifier les opérations et d’assurer le suivi de la crise, des membres du Centre national des opérations (CNO) y sont également envoyés, au sein d’une cellule de crise. « Nous avons reçu plus de 200 renforts pour redonner la liberté de circuler, assurer la sécurité de la population et éviter les atteintes aux biens », indique le général Vincent Lamballe.

© GND G.Leclercq

Pour le commandant du COMGEND, un tel déploiement était indispensable pour rétablir l’ordre sans faire de morts ni de blessés chez l’adversaire. La présence des renforts a en effet permis de gérer les événements avec le juste niveau de force nécessaire, grâce à la complémentarité des unités. « Face à des émeutiers particulièrement violents, nous avons mis en œuvre deux principaux modes d’action, d’intensité différente. D’une part, la reprise de terrain d’opportunité, dès que possible, en empêchant l’adversaire de l’occuper de nouveau et en dégageant les barricades. D’autre part, sur les secteurs de blocage principaux, la planification d’opérations d’ampleur, avec un engagement important d’effectifs. »

© GND G.Leclercq

Au fil des jours, le COMGEND reçoit d’autres renforts. Des opérations quotidiennes de reprise de terrain et de déblaiement de barrages sont mises en œuvre, sur un terrain hostile aux forces de l’ordre. « À certains endroits, il y avait des pièges installés pour tuer les gendarmes. Ils ont été visés par divers projectiles, des cocktails Molotov et des tirs d’armes à plusieurs reprises. Au total, 63 gendarmes ont été blessés, dont deux directement par armes à feu. »

Pour le général, la préservation de la sécurité de la population et des forces de l’ordre était la priorité durant toute la manœuvre de rétablissement de l’ordre public. « Le niveau de technicité dont nous disposions grâce à l’ensemble et à la diversité des forces en présence nous a permis d’agir en sécurité et d’éviter le pire, aussi bien du côté des gendarmes que de la population. »