Portraits

Face à des faits de VIF, l’adjudant-chef David n’a pas hésité un instant

Auteur : la lieutenante Floriane Hours - publié le
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© Gendarmerie nationale - DR
Un soir, en plein mois de décembre, l’adjudant-chef David est alerté par son fils, lui-même réveillé par des cris venus d’une maison voisine. N’écoutant que son courage, le militaire enfile sa tenue et court sur place. Une intervention effectuée hors service, qui va sauver la vie d’une femme. Pour ces faits, le gendarme va être médaillé et mis à l’honneur ce 16 février, journée dédiée aux héros de la gendarmerie.

Nous sommes le 15 décembre 2021, dans le département de la Meurthe-et-Moselle. Vers 22 h 30, dans le froid d’une nuit d’hiver comme il en existe tant d’autres, des cris venant de la rue réveillent le fils de l’adjudant-chef David, commandant de la brigade de Mercy-le-Bas. « J’étais en arrêt maladie, je sortais dune opération chirurgicale et je dormais tranquillement à la maison (un logement personnel dans un village voisin de la brigade, NDLR), quand mon fils est venu me réveiller. Il entendait du bruit dans la rue, ça l’inquiétait, il avait peur. Jai donc ouvert les volets et jai vu qu’effectivement dans la rue, dans un jardin, à quelques maisons plus loin, il y avait un homme et une femme qui se poussaient, il y avait de la bousculade, ça criait beaucoup. »

Une situation explosive

Comprenant qu’il s’agit sûrement de Violences intra-familiales (VIF), le gendarme se met immédiatement en uniforme et descend prendre connaissance de la situation. Très rapidement, ses soupçons de VIF se confirment. L’homme est en train de battre violemment sa compagne, la poussant contre le portillon, puis prenant sa tête pour la repousser violemment contre le bitume. Les deux individus sont alcoolisés, la situation est explosive. « J’ai juste eu le temps de me précipiter en criant "gendarmerie", puis de les séparer, mais l’homme est revenu plusieurs fois à la charge. Il a complètement occulté ma présence, il en avait vraiment après sa compagne. »

Un coup de couteau à la gorge

Alors que d’un côté il repousse l’individu, de l’autre, l’adjudant-chef David prend son téléphone et compose le 17 pour demander des renforts. « J’étais un peu en stress, je leur ai demandé d’envoyer du monde très vite parce que j’étais tout seul... Après, le monsieur est parti se retrancher dans la maison, je le voyais faire des allers-retours du côté de la fenêtre. Jai demandé à la dame s’il avait une arme à la maison, elle ma répondu que non, que les gendarmes lui avaient confisquée la dernière fois, donc heureusement, mais ça veut tout dire du personnage. » En attendant l’arrivée des renforts, le gendarme met à l’abri la victime, qui avoue avoir reçu un coup de couteau à la gorge la veille. Les points de suture réalisés par un médecin en attestent.

À l’arrivée des renforts, le mis en cause se débat, jette des morceaux de verre sur les militaires qui tentent d'entrer dans le domicile, avant d’être enfin interpellé. Jugé quelques jours plus tard, il sera condamné à 30 mois de prison ferme avec maintien en détention.

« Si c’était à refaire, je le referais »

Pour l’adjudant-chef, après l’adrénaline de l’intervention, vient le contre-coup. « Je suis déjà intervenu en position de repos, mais chaque fois, c’était pour de petits faits, comme des accidents. Jamais pour des VIF », explique-t-il, avant de poursuivre : « Si ça avait été une simple dispute, j'aurais simplement fait le 17 et je serais resté à distance. Mais là, quand jai vu la violence avec laquelle il la mise au solDailleurs, une enquête a été ouverte pour tentative dhomicide. Ça a été requalifié ensuite, mais il a quand même pris 30 mois de prison ferme avec maintien en détention. C’était vraiment hyper violent. » Aujourd’hui, lorsqu’il revient sur cette affaire, le gendarme indique ne rien regretter : « si c’était à refaire, je le referais. »

« Ici, la plupart des gardes à vue sont liées à des violences intra-familiales »

Si un tel déchaînement de violence, en direct, est une première pour le militaire, la question plus générale des VIF ne lui est hélas pas étrangère. « Ici, la plupart des gardes à vue sont liées à des violences intra-familiales », explique-t-il.

Pour apprendre à lutter au mieux contre ce fléau, des formations sont régulièrement dispensées : « On a suivi un stage VIF à la compagnie, puis, régulièrement, on se tient à jour des directives du parquet au sujet des VIF. On a aussi une référente sur la communauté de brigades, qui fait régulièrement rappels, etc. Cest un sujet assez suivi chez nous. »

Sur le reste du territoire aussi, la question des VIF est devenue une priorité au sein de la gendarmerie. Dans les écoles de sous-officiers et d’officiers, un module sur le sujet est désormais intégré à la formation générale. Depuis 2020, 81 MPF (Maison de Protection des Familles) ont également été créées. D’ici la fin 2022, 18 supplémentaires devraient voir le jour. Au sein des unités, la problématique s’est là aussi imposée au centre des préoccupations des gendarmes. En quelques années, ils sont plus de 1 743 militaires à s'être spécialisés pour devenir, au sein de leur brigade ou de leur compagnie, des référents VIF. Un chiffre en constante augmentation.

L’adjudant-chef David, dont le courage a permis, ce mercredi de décembre, de sauver la vie d’une femme, recevra, ce 16 février, journée dédiée aux héros de la gendarmerie, la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement. Une distinction dont il est aujourd’hui très honoré : « Ça m’a vraiment touché, je ne m’y attendais pas du tout. Je pensais avoir une lettre de félicitations, mais une médaille, cest sûr que cest très valorisant. »

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